Programmes 2008 du primaire

Supposons que, par un coup de baguette magique, tous les CP appliquent correctement les nouveaux programmes à la rentrée 2008, que tous les CE1 en fassent autant à la rentrée 2009, etc… A quelle date des élèves ayant intégralement suivi un cursus d’enseignement « refondé » parviendraient-ils au seuil de l’enseignement supérieur ? Réponse : à la rentrée 2020.

Cette échéance pourrait être rapprochée pour certains élèves, capables de réussir pleinement leur scolarité sans avoir bénéficié en totalité d’un enseignement rénové. Elle serait retardée pour d’autres, et notamment pour les enfants dont l’entourage parle peu et mal le français, car pour eux il faut aussi rénover les maternelles et particulièrement la grande section 

Mais la période de transition ne s’achèvera vraiment que lorsque tous les élèves auront suivi un cursus scolaire entièrement rénové. Or il va de soi que tous les CP ne changeront pas à la rentrée 2008. Il y aura des décalages dans le temps, générateurs de difficultés pour les élèves. Pendant la transition, beaucoup d’élèves auront une scolarité en quelque sorte alternée, entre des classes rénovées et des classes conduites sur des pratiques approximatives. Il en résultera que beaucoup d’enseignants se trouveront face à des classes hétérogènes, tous les élèves n’ayant pas suivi le même cursus. Cela compliquera leur travail, et retardera encore l’échéance de la refondation complète.

Surtout, la refondation ne se fera pas sans les enseignants, qu’il faudra convaincre ou plus exactement qui devront se convaincre de changer. Les évolutions personnelles seront plus ou moins longues, encore compliquées par le fait qu’un certain nombre d’entre eux, victimes de leur propre scolarité, ne maîtrisent pas suffisamment les savoirs pour les transmettre à d’autres. 

Pour toutes ces raisons, quand pouvons-nous espérer voir la fin de la période de transition ? Les pessimistes disent qu’il faudra 30 ans –une génération- soit 2038 ; pour notre part, nous estimons possible de voir la période de transition du primaire s’achever vers 2018. Avant cette échéance on ne pourra rien construire de définitif pour la fin de l’enseignement obligatoire et pour l’enseignement secondaire. Par contre, la période 2008-2018 pourra voir des progrès continus dans le secondaire, de telle sorte que la période de transition du secondaire puisse se terminer sept ans plus tard, vers 2025. Avec quelques années de rémanence des effets négatifs sur le supérieur, on peut ainsi voir s’effacer la débâcle de l’école vers 2030. 

C’est long, mais, comme le dit Nicolas Sarkozy, « Nous avons déjà trop tardé ». Et les retards se paient.

Encore faut-il que le cap soit maintenu pendant cette longue période. A cet égard, les 5 ou 10 prochaines années seront cruciales : ensuite on peut raisonnablement escompter un consensus et donc une accélération des dernières étapes de la refondation.

L’urgent et le transitoire 

Pendant la période de transition, il faudra prendre et appliquer des décisions de natures très différentes : certaines visent l’objectif final, l’édifice entièrement reconstruit ; malgré leur échéance éloignée, plusieurs sont urgentes. D’autres sont absolument nécessaires mais transitoires, et destinées à entrer progressivement en désuétude. 

•  La formation, le perfectionnement continu, l’encadrement des enseignants (inspection, direction des établissements) doivent faire l’objet de mesure d’urgence de nature transitoire, et de mesures d’organisation à long terme. 

•  Les programmes 2008 du primaire présentent des lacunes et des faiblesses, à revoir dans le sens de plus de cohérence et d’exigence.

•  Les énormes différences de niveau d’instruction constatées actuellement appellent des mesures d’urgence massives, recourant à des moyens non orthodoxes : il s’agit de sauver des centaines de milliers de naufragés (environ 1.200.000 élèves quasiment déscolarisés pendant les années du collège), mais aussi d’arrêter la dérive des élèves à fort potentiel pour restaurer notre capacité de recherche dans les 20 ans à venir.

Les différences de niveau, même fortement atténuées par la refondation de l’école, subsisteront toujours. Des mesures structurelles devront être prises pour qu’elles ne soient pas la cause de classes très hétérogènes, qui font obstacle à la qualité de l’enseignement (6)  . Le soutien personnalisé restera sans doute utile dans des classes relativement homogènes pour des élèves en difficulté momentanée.
• D’autres mesures à long terme doivent être reportées.

C’est le cas de l’organisation et des programmes de l’enseignement obligatoire après le primaire : tant que la refondation du primaire n’est pas suffisamment avancée pour que l’on sache quel sera l’éventail des niveaux d’instruction à la fin du primaire, les aptitudes réelles et les besoins réels des élèves, il est impossible de réfléchir utilement et globalement à la suite. 

 

(6) Les classes hétérogènes résultent en fait de décisions imposées aux écoles et aux enseignants. Certains théoriciens refusent la constitution de classes homogènes, soit pour raisons pédagogiques contredites par l’expérience, soit pour favoriser la « socialisation » des enfants, qui pour eux doit primer sur la transmission du savoir.

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