Un drame en 3 actes

Acte 1

Le ministère annonce le 29 août le lancement d’une « évaluation diagnostique » à l’entrée en CP, dès le mois de septembre. « Il est important d’avoir une culture de l’évaluation constructive pour nos élèves ».   Tout est prêt dès la rentrée. Les dossiers d’examens en français et maths peuvent être consultés sur Eduscol.   Cette rapidité tranche avec la plupart des déclarations ministérielles, qui se placent très en amont des applications effectives sur le terrain. Les dossiers d’épreuves dateraient-ils d’un ministère antérieur ?   A ce sujet, on peut noter que la DGESCO parle d’évaluation diagnostique, terme datant de 20 ans d’acharnement à médicaliser les difficultés scolaires causées par des pédagogies aberrantes, alors que JM Blanquer parle d’évaluation–bilan. Le diagnostic s’intéresse aux causes d’un savoir lacunaire, le bilan se limite à l’évaluation des savoirs et savoir-faire. A ces deux notions correspondent des épreuves différentes.

Acte 2

Cette nouveauté suscite l’opposition ouverte de syndicats et parents d’élèves. L’évaluation ne suscite pas d’opposition lorsqu’elle est le fait d’un enseignant. L’opposition est causée par le caractère national du projet du ministère – la même grille d’évaluation et de notation pour tous les élèves est vue comme injuste à l’égard des élèves faibles et trop favorable aux élèves avancés (inégalité !) – le caractère national fait craindre une utilisation des résultats pour une notation des enseignants.   Ces critiques de principes sont accompagnées de critiques argumentées de la nature des questions posées. Résultat : des enseignants refusent de faire passer l’évaluation, d’autres choisissent l’abstention.

Acte 3

Prompt recul du ministère. Par note du 18 septembre, les instituteurs ont la permission de modifier les épreuves qu’ils jugent inutiles ou trop difficiles pour leurs élèves.   Même si cette reculade est due à un manque de préparation et de réflexion, nous la jugeons très préjudiciable. Elle entame la crédibilité du nouveau ministre dans le corps professoral, elle efface son objectif de créer une culture de l’évaluation constructive, sur la base d’épreuves nationales et annuelles.   Elle éloigne aussi notre objectif à long terme : la création d’un ensemble d’examens indépendants, fiables et constants, contrôlé par une autorité indépendante de l’Education nationale.    

Le même scénario s’était déroulé en 2008, à la création des examens CE1 et CM2 par Xavier Darcos. Les syndicats avaient d’abord saboté le projet. Mais les épreuves, sans être parfaites, avaient une consistance certaine et il n’y a pas eu de blocage total. L’intérêt pour ces examens s’est lentement développé, et en 2012 des résultats étaient visibles. C’est alors que Vincent Peillon les a supprimés.   Voir nos commentaires de l’époque.    

• Cette mésaventure nous interroge aussi sur le fonctionnement du ministère, sur le processus interne censé transformer les convictions du ministre en réalités dans les salles de classe.   En l’occurrence : – l’évaluation 2017 a-t-elle fait l’objet d’une note préalable (écrite en français courant), définissant les domaines et les objectifs de l’opération, et approuvée par le ministre – les projets d’évaluation ont-ils été soumis au ministre, et donné lieu à consultation de personnes indépendantes de l’Education nationale ? – Etc.   Certes, tout cela prend du temps. Vitesse et précipitation ne font pas bon message ménage.    

Suite : Analyse des évaluations 2017 de l’EN

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