Note 7 – Le développement du numérique

Le rapport déplore les faibles capacités de nos enfants en « lecture de l’écrit numérique » et en « compréhension de l’écrit numérique ».
Il ne nous semble pas étonnant que des enfants ayant une faible capacité de lecture et de compréhension de l’écrit sur papier, aient les mêmes lacunes en écrit sur l’écran. Mais sans doute n’avons-nous pas compris ce qu’est l’écriture numérique. 

Par ailleurs, le même rapport propose de développer dans le primaire, en priorité, les usages pédagogiques du numérique. Quant au ministre, il évoque le « développement du numérique ».

Ce développement numérique peut se concevoir de multiples façons :

1 – Au degré zéro, on distribue du matériel électronique dans les classes, et on laisse les professeurs en faire un bon usage. Pour les décideurs, c’est simple, il n’est que de dépenser l’argent des contribuables. Ce genre d’opération se renouvelle périodiquement, depuis l’époque où Jean-Jacques Servan-Schreiber, il  y a 40 ans, annonçait que grâce aux ordinateurs, tous les petits africains auraient bientôt accès au savoir universel.

           Cette conviction est d’ailleurs partagée par de sérieux « experts » qui, en 2011, au cours d’une série d’enquête du journal LA CROIX, avançaient des arguments tels que les suivants :
« les élèves savent que toutes les connaissances dans tous les domaines sont à la portée d’un clic »
« l’école n’est plus le seul endroit où l’on apprend ; ce qu’on enseigne est accessible en deux clics de souris  ».

2 – On peut penser à l’association d’un matériel et d’un logiciel en une machine à enseigner, à l’usage d’un élève autodidacte. C’est possible avec des livres, moyennant en général de gros efforts et une volonté soutenue. Dans ce domaine, la facilité apparente du numérique ne peut être qu’une illusion.

3 – On peut penser à l’association d’un matériel et d’un logiciel comme un auxiliaire du maître.
Le numérique offre d’immenses possibilités de suppléments documentaires, très nombreux et facile d’accès. Encore faut-il que le professeur fasse un choix et que sa propre « valeur ajoutée » renforce celle apportée par le numérique. Au-delà de ce domaine documentaire, on peut penser à doter le professeur de moyens supplémentaires intégrables dans ses propres pratiques.

On entre là dans le domaine de l’innovation. Il est facile d’inventer dans l’abstrait un processus pédagogique et de le faire réaliser par des spécialistes. Encore faut-il qu’il soit raisonnablement efficace, donc qu’il augmente l’efficacité propre à l’enseignant, et aussi qu’il soit acceptable et maîtrisable par un grand nombre d’enseignants.
En matière d’innovation, l’échec est la règle, la réussite est l’exception. Il faut multiplier les essais pour trouver un bon produit. Et, ici, les essais consistent à interférer positivement avec la relation professeur-élève.

Si l’on part dans cette voie, il faut soutenir l’innovation, avec des coûts élevés, et des délais en rapport. Le temps aidant, cela peut devenir « rentable » en raison des dizaines et centaines de millions pour ne pas dire de milliards, de personnes à instruire (notamment dans le domaine scientifique, dans lequel la langue parlée importe moins).

4 – Un autre projet, tout à fait différent, part de l’idée qu’à l’avenir des masses grandissantes d’informations brutes seront stockés dans le "nuage" (cloud) et qu’il apparaîtra des outils de plus en plus performants de recherche, sélection, et traitement de l’information.
Le risque, pour les personnes peu instruites, est, soit de n’en tirer que des informations très simples et pauvres, soit de se noyer dans la masse d’informations, soit de faire confiance à des outils fonctionnant selon des règles qu’ils ignorent.

Nous devons donc former nos élèves pour qu’ils connaissent et comprennent le fonctionnement de ces outils, et qu’ils constatent à l’expérience que des connaissances solides et bien structurées ainsi qu’un esprit logique et inventif, sont d’autant plus nécessaires qu’on dispose de plus d’informations.
Pour cela, il faut inclure ces outils, dès maintenant, dans la formation des enseignants.

Propositions :

• Le développement du numérique offre de nombreuses occasions d’innovation dans l’enseignement.
• Il faut sans tarder le prendre en compte dans la formation des nouveaux professeurs et dans le perfectionnement des autres (c’est proposé par le rapport), en s’appliquant d’abord à leur propre travail de réflexion et de préparation.
• Ne pas investir dans du matériel sans être sûr de l’existence d’applications utiles et utilisables par les enseignants, largement testées.
• Commencer par le lycée, continuer par le collège, et, si les expériences sont concluantes, étudier prudemment le cas du primaire.
Car le primaire, ce sont les fondements. Et ces fondements ne sont pas numériques. 
Avant la lecture et l’écriture, il y a la parole, les mots, les poésies. Avant les nombres, il y a des objets à dénombrer, puis des opérations posées, puis du calcul mental.

De plus, on commence à s’interroger sur les conséquences de l’abus du "numérique" sur le cerveau du petit enfant, particulièrement malléable. Nous savons déjà que l’enseignement en désordonné du constructivisme introduit le désordre dans le cerveau des enfants. Le principe de précaution impose la plus grande prudence dans ce domaine.
Pas d’ordinateur, de calculette, ni de tablette tactile et autres en primaire.
Pas de « plan numérique en primaire »

Et surtout

Pas d’éducation aux médias et à l’information : l’enseignement général, qui édifie la culture, suffit.

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