Note 10 – Structures

Nous nous limiterons à la scolarité obligatoire et donc nous ne retenons pas ici les observations du rapport relatif à la suite des études.
La structure actuelle se caractérise par d’énormes différences entre des établissements (écoles et collèges) qui, sur le papier, dispensent le même enseignement et suivent les mêmes programmes. 
Au sein des établissements, il se manifeste par contre une tendance à l’égalitarisme, par la constitution de classes exactement semblables, qui entraîne l’hétérogénéité maximale dans le savoir des élèves.
Ces questions, qui ne sont que partiellement abordées dans le rapport de la concertation, devront trouver une réponse claire dans la future refondation. Il s’agit selon nous d’accepter la diversité des élèves dans leurs capacités et motivations, mais d’éviter, et en tous cas d’atténuer fortement toute autre différenciation, et en particulier la différenciation par le milieu social. 

– La sectorisation.

 

Le ministre a manifesté l’intention de revenir sur l’assouplissement récemment décidé, mais la prudence l’a amené à proposer un élargissement des secteurs « pour augmenter la mixité sociale de chaque établissement ». Tout cela, parce que la Cour des Comptes a trouvé des collèges qui, depuis l’assouplissement, perdent des élèves, et qu’elle a de fait critiqué la désectorisation, ce qui n’est pas de sa compétence. 
En effet, cette proposition est la preuve que le ministre refuse de voir une réalité simple : des collèges « poubelle » perdent des élèves parce que les parents modestes ont eu le droit d’agir comme les parents des couches sociales moyenne et supérieure, c’est-à-dire de changer leurs enfants d’établissement lorsqu’il y a un risque à les y laisser, risque sur l’instruction et sur l’éducation.
Agrandir le secteur n’aura aucun effet sur les parents avertis ou aisés, qui, comme par le passé, réussiront à placer leurs enfants dans des établissements convenables. Les victimes seront les enfants des parents pauvres conscients et responsables.

– Les internats d’excellence.

L’idée était de donner aux collégiens pauvres, capables et motivés, des conditions de travail qu’ils ne peuvent avoir dans leur famille. La sélection se justifie par des raisons d’intérêt général. C’est la même idée que celle des boursiers de la IIIe République.
À long terme, il faut distinguer deux choses : le besoin d’un espace de travail protégé lorsque la famille n’en dispose pas, qui n’est pas que le fait des élèves les plus capables. D’autre part, l’intérêt de regrouper les élèves à fort potentiel. 
Sur ce second point, l’inconvénient de l’internat d’excellence  – ou de tout établissement d’excellence, internat ou pas – est de priver les autres établissements des élèves à fort potentiel. Il vaudrait peut-être mieux opter pour l’idée que tous les établissements ont droit à des groupes ou classes d’excellence.
On voit immédiatement que cela conduit à une structure d’établissement par classes ou groupe de niveaux, pour offrir à tous les élèves un enseignement répondant à leurs besoins propres.
Cela, évidemment, exclut totalement la folie des classes à hétérogénéité maximale.

– Les manuels scolaires.

Nous sommes résolument opposés à la proposition suivante :
« créer par la loi une instance… qui aura pour mission de labelliser les manuels scolaires … conformité aux programmes, lutte contre les stéréotypes, etc… »
Nous sommes favorables à la liberté pédagogique des enseignants, à condition bien sûr qu’il s’agisse d’enseignants convenablement formés, suffisamment expérimentés, et surtout qui instruisent bien leurs élèves. Cette liberté pédagogique comporte évidemment le droit de choisir un ou plusieurs manuels, ou aucun.
Même si l’instance en question échappait aux risques inhérents à une telle mission, c’est-à-dire aux pressions des politiques en faveur de tels stéréotypes plutôt que de tels autres, aux pressions des éditeurs scolaires, même si cet organe ne devenait pas un bureau de censure étatique, le risque serait grand que son action limite la liberté de création.
Voir à ce sujet nos commentaires sur le rapport parlementaire sur les manuels scolaires.

– L’orientation. 

Le rapport ne fait pas ouvertement état du fait que l’Education nationale, malgré des moyens dédiés, ne remplit pas efficacement les fonctions relevant de l’orientation.
Le rapport opte pour la solution technocratique, la création de nouveaux organes, l’accroissement des moyens par un « service public régional de l’orientation » qui ne tardera pas à être doublé par une structure nationale.

– Les parents.

On sait qu’il existe de multiples motifs et manifestations d’éloignement, d’incompréhension, entre parents et enseignants. L’une des plus courantes est le fait que les parents qui veulent suivre l’instruction de leurs enfants ne comprennent pas l’instruction ni même l’éducation dispensée par l’école.
Ce qui pour nous est, d’abord et avant tout, un problème de relations humaines entre deux ou trois personnes : un enseignant, un ou deux parents, devient, dans le rapport, une abstraction et l’objet d’un mélange de mesures promotionnelles au sens marketing du terme, et de mesures d’ordre juridique :
          « introduire, dans la formation des enseignants, un module théorique et pratique pour travailler avec les parents »
          « créer un statut de parents délégués »
          « organiser une campagne nationale annuelle d’incitation au vote aux élections de parents pour… ».
Cela s’intitule « un partenariat parents-école redynamisé » !

– Le décrochage

C’est le fait d’abandonner ses études. Le rapport signale à juste titre que le décrocheur est avant tout un « décroché », en omettant de rappeler que cela met en cause la responsabilité de l’Education nationale.
 Bien avant de décrocher lui-même, il a été « décroché » en ce sens qu’il a été littéralement abandonné, et poussé vers la sortie par une admission systématique dans la classe supérieure.
Devant cet état de fait, préjudiciable à la cohésion de notre collectivité nationale, le rapport propose « de mettre en place … un référent dans les collèges et lycées professionnels à fort taux de décrochage pour… la prévention du décrochage, les signalements d’élèves qui sortent du système, notamment auprès des missions locales, les relations avec les parents… et l’aide au retour des décrocheurs… »
L’énumération de ce qu’il faudrait faire est raisonnable : c’est l’énumération des fonctions qui ne sont pas remplies par l’Education nationale. Mais la nomination d’un « référent » est typiquement technocratique : créer un nouvel organe pour ces fonctions, c’est-à-dire des MOYENS supplémentaires.
Pour nous, la seule solution est la désignation de chefs d’établissements largement autonomes et responsables, et en particulier responsables de leur équipe pédagogique. Naturellement, et sans attendre des directives, ils préviendraient le mal en s’intéressant aux « décrochés » très en amont, et établiraient les relations nécessaires avec le monde extérieur.
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