On me donne mes devoirs, je les fais et puis basta. Peut-être qu’il faut aller à l’aide aux devoirs, mais ce n’est pas trop mon truc. Je ne cherche même pas à y aller parce que franchement… Il y en a plein qui disent : « On va aller à l’aide aux devoirs ! » et quand je rentre dans la salle ils sont en train de parler. Je trouve que ça ne sert à rien, parce qu’ils ne foutent rien. Enfin, il y en a qui travaillent… mais les fouteurs de merde qui ont vraiment besoin de ça, ils ne travaillent pas. Ils vont seulement à l’aide aux devoirs pour continuer à foutre la merde au lieu d’aller en permanence. (…)
Dans notre classe, il y a trois intellos mais il n’y a pas de mongol. Les trois intellos, comme elles sont discrètes, calmes, personne ne va les emmerder. Dans d’autres classes, les intellos, ils se font déchirer, ils se font insulter, il peut même arriver qu’on les tabasse. Mais quand il s’agit, par exemple, des devoirs à rendre à la maison, là ils vont leur lécher les bottes : « Oui, s’il te plait, aide-moi! » Et les intellos, ils sont obligés de les aider, parce que sinon ils savent qu’après ils vont se faire taper. Ca m’énerve ! (…)
Il y a des classes, c’est tous des vrais fouteurs de merde. Même les filles, elles s’y mettent. Il y en a qui arrivent à passer parce que les profs savent que s’ils les font redoubler, ils ne vont rien foutre, alors ils préfèrent les laisser passer. Et il y en a d’autres qui redoublent, et certains qui se font renvoyer carrément. Par exemple, un garçon a été renvoyé parce qu’il avait volé le sac d’un professeur. Il y a deux ou trois semaines, un des profs de sport s’est fait tabasser, je sais pas pourquoi… peut-être parce qu’il avait mis un rapport ou quelque chose comme ça à un élève.
Il y a plein de profs qui sont partis parce qu’ils s’étaient fait tabasser, ou crever les pneus ou rayer leur voiture. Et pendant le cours, il y en avait qui ramenaient des œufs et ils les jetaient sur le prof. Il y en avait qui prenaient des ballons, qui mettaient des produits dedans, comme de la Javel ou des choses comme ça, et qui les jetaient sur les profs. (…)
Quand on regarde bien, ça commence à la primaire. Mon petit frère est venu me voir : « Mon copain, il a répondu au professeur ». Il avait fait une bêtise et son maître lui avait dit : « Tu seras puni », et il lui avait répondu : « Vas-y ! Casse-toi ! Nique ta mère ! T’es pas mon père, t’es pas ma mère, de toute façon je vais appeler mon frère, tu vas voir, il va te niquer ta race ! ». Le petit, il était en CE2. Quand le maître a vu ça, il a appelé ma mère pour lui dire : « Il ne faut pas que votre fils traîne avec ce petit garçon, parce que c’est un bon élément… »
Franchement, la violence, c’est dans la vie de tous les jours, ça ne me choque pas quand il y a des bagarres dans la cours. J’ai l’habitude.

Ce témoignage est extrait du livre "Ce que je ne peux pas vous dire : 26 collégiens parlent", Marie-Thérèse Cuny, Sylvie Angel, édition Oh, 2003

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