Loi de refondation de l’école (suite)

Quelques-unes des dispositions de la loi.

Notre association s’est exprimée sur ce site, depuis plus de 10 ans, sur un grand nombre de questions relatives au système français d’enseignement. Beaucoup de ces points de vue pourraient être repris en rapport avec la loi Peillon. Pour éviter les redites, nous nous bornerons à quelques observations.
Programmation.
Lorsque Vincent Peillon est arrivé au gouvernement, il a annoncé une série de concertations, négociations s’achevant par la nouvelle loi. Très curieusement, il a aussi annoncé une série de décisions apparemment immédiates : la suppression des évaluations CE1 et CM2 crées par Xavier Darcos, la modification des "rythmes scolaires", l’augmentation du nombre annuel de jours de classe dans le primaire, l’affectation au CP d’instituteurs expérimentés etc. etc.
Aucun calendrier d’application de ces diverses décisions ne figure dans la loi de programmation. La seule décision faisant l’objet d’un programme est le recrutement de 60 000 fonctionnaires durant la législature, décision d’autant plus discutable qu’elle n’est précédée d’aucun inventaire exhaustif de l’emploi réel des personnels de l’Education nationale.
Le socle commun. 
La loi Fillon de 2005 a créé pour la scolarité obligatoire  un "socle commun de connaissances et de compétences". Depuis 8 ans, aucune définition claire de l’expression " socle commun" et du terme "compétences" n’a été formulée.
Toutefois, la loi Fillon énumérait 5 domaines pour le socle commun. Cette énumération est supprimée par la nouvelle loi.
Tout cela est renvoyé au futur Conseil supérieur des programmes. Sachant que 10 de ses membres sur 18 seront nommés par le ministre, c’est donc ce dernier qui décidera, certes après force "concertations".
C’est donc l’Education nationale qui fixera ce qui apparaît comme sa seule mission en matière de transmission du savoir : l’accession de tous les élèves au niveau du socle commun. 
Le ministre saura certainement dénouer la situation paradoxale qui fait que, depuis 8 ans, l’Education nationale a été incapable  de doter tous les élèves du socle commun , puisque des dizaines de milliers d’élèves ne maîtrisent pas les bases élémentaires de la langue française et du calcul, après 9 ans et plus de scolarité obligatoire. Il lui suffira pour cela d’abaisser encore le niveau du Brevet, pour que les questions prennent la forme de BD et  les réponses celle de croix dans des cases ; mieux encore, les épreuves du Brevet pourraient être "numériques" !
Évaluation.
Notre association préconise la création d’une Haute Autorité chargée de la définition et du contrôle d’épreuves nationales, et diffusant une information objective sur les véritables résultats scolaires. Ces informations sont nécessaires aux élèves, aux enseignants, parents, aux citoyens qui financent, aux chercheurs, à la représentation nationale. Cette information est aussi la condition de la liberté pédagogique, de l’innovation pédagogique, et de la nécessaire autonomie des établissements scolaires. 
Une condition impérative : que cette Haute Autorité soit totalement indépendante de l’Education nationale, comme l’Autorité de Sûreté Nucléaire l’est de l’EDF.
Ici, la loi fait semblant. Elle crée un Conseil national d’évaluation du système éducatif, placé auprès du ministre, qu’elle qualifie d’indépendant, alors que le ministre nomme 8 membres sur 14.
C’est de la perversion.

L’apprentissage
L’article L.337-3 du Code de l’éducation a été abrogé. Cet article instituait une formation d’ apprenti junior accessible à 14 ans. Il prévoyait la poursuite de l’acquisition du socle commun et créait une fonction de tuteur au sein de l’équipe pédagogique. Il offrait donc à certains élèves la possibilité de pratiquer des activités plus concrètes et pratiques, et d’y réussir, dans un environnement différent de celui de l’école.
Ainsi l’idéologie l’a emporté sur l’intérêt réel de beaucoup d’adolescents.
(La loi a supprimé aussi le dispositif d’initiation au métier en alternance, dite loi CHERPION.)
La "scolarisation" des enfants de 2 ans
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La création d’un Service Public du numérique éducatif (Sic)
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