Jules Ferry assignait à l’enseignement primaire la mission de transmettre « tout ce qu’il n’est pas permis d’ignorer » et qui sera nécessaire la vie durant, puisque la grande majorité des élèves passait directement à 13 ans dans la vie professionnelle.

« Ce qu’il n’est pas permis d’ignorer » désigne implicitement la quasi-totalité des élèves (90 à 95 %). Ce ne peut être, par rapport à tout ce que doivent apprendre les élèves moyens, qu’un minimum, un « plancher » effectivement maîtrisé par (presque) tous à 13 ans.
Il semble bien que ce « tout » n’a pas fait l’objet d’un inventaire des savoirs et savoir-faire précis. Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas été créé d’examen spécifique, qui aurait dû logiquement intervenir bien avant 13 ans, pour ménager le temps d’un rattrapage efficace.

Une autre question s’est posée : que doit-on apprendre à tous les élèves, et surtout dans quel esprit, dans quelle visée?

Schématiquement, le choix était entre une instruction « abrégée » ou basée sur des savoirs volontairement simplifiés, et une instruction « élémentaire », munissant les élèves des éléments leur permettant de progresser ensuite dans des disciplines fondamentales, une instruction « propédeutique ».
Jules Ferry a opté pour l’instruction abrégée, pratique et large : « … Tous les accessoires auxquels nous attachons tant de prix, que nous groupons autour de l’enseignement fondamental et traditionnel du « lire, écrire, compter », les notions d’histoire naturelle, les musées scolaires, la gymnastique, les promenades scolaires, le travail manuel de l’atelier placé à côté de l’école, le chant, la musique chorale. Pourquoi ? Parce que ces accessoires feront de l’école primaire une école d’éducation libérale ».

Jules Ferry et ses disciples se sont clairement exprimés.

« L’enseignement secondaire… doit former les esprits, apprendre à juger, à raisonner… Mais dans l’enseignement primaire, en raison du peu de temps dont on dispose… l’enseignement doit avoir un but plus immédiat, plus pratique ».
On pourrait interpréter sous la forme extrême « l’enseignement primaire n’a pas pour but de former les esprits, d’apprendre à juger, à raisonner »
« Mettre l’orthographe, qui est une des plus grandes prétentions de la langue française, mais prétention parfois excessive, au premier rang de toutes les connaissances, n’est pas faire une bonne pédagogie : il vaut mieux être capable d’écrire une lettre, de rédiger un récit, de faire n’importe quelle composition française, dût-on même les semer de quelques fautes d’orthographe ».

La durée de la scolarité primaire ne permettait pas, non plus, de donner des rudiments d’instruction professionnelle. Le côté pratique concernait essentiellement la vie courante.

Les réalités

Comme on pouvait l’attendre, les réalités ont respecté l’idéal en partie, et s’en sont aussi écartées.

L’idéal était républicain, et la rigueur de l’organisation de l’enseignement public a certainement imposé un haut niveau d’exigence.

L’idéal supposait l’égalité des conditions de travail dans toutes les écoles. La réalité était d’énormes différences entre l’école de campagne où le maître instruisait tous les enfants quel que soit leur âge, et l’école située dans une ville.

• Sur un autre plan, beaucoup d’instituteurs de la IIIème ont massivement opté pour l’élitisme républicain, et poussé, par tous les moyens, les élèves doués et pauvres. Ils n’ont probablement pas consacré tout le temps nécessaire aux plus faibles, qui apprenaient ce qu’ils pouvaient comprendre et retenir.

Mais les maîtres et maîtresses connaissaient les réalités de cette époque : on pouvait alors trouver un travail sans savoir lire, écrire et compter (ouvriers agricoles, mineurs, ouvriers et ouvrières en usine, etc.).

•  Les savoirs « plancher » n’ayant jamais été définis, ni l’examen correspondant, on ne connaîtra jamais les résultats obtenus à ce niveau.

De même, à coup sûr, certains élèves approchaient le « plafond », avec de bonnes capacités de raisonnement et d’expression, mais le Certificat d’études n’en apportait pas la preuve.

Le CEP présentait cependant un avantage majeur : il était fiable et constant, et donnait aux instituteurs un bon repère de performance. Mais il était situé entre « plancher » et « plafond ».

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