L’école primaire, clé de notre avenir

L’arrivée d’un nouveau ministre a fait de cette année scolaire une année à marquer d’une pierre blanche. Il est le premier ministre responsable de l’Éducation nationale à avoir pris à bras-le-corps une question fondamentale : l’enseignement de la lecture.

Les échecs successifs des précédents ministres pouvaient laisser supposer que ses décisions ne seraient pas facilement acceptées. Mais qui aurait pu imaginer cette résistance, cette bataille d’une férocité inouïe de la part de ceux qui « tiennent » le système !

Les adversaires de toute réforme sont nombreux, bien placés. Ils tiennent les leviers de commande et ils ont accès à la plupart des media. Cela explique que les textes publiés aient été infléchis vers le maintien du statu quo, déformant la réforme voulue par le ministre.

A leurs yeux, apprendre les lettres et leur manière de se combiner – qui permettent à quasiment 100 % des enfants de savoir lire – est condamnable : ce serait un obstacle au développement de l’intelligence !
Les conséquences ne sont pas minces. L’opinion est convaincue que les méthodes alphabétiques sont entrées en vigueur. Il n’en est rien. Les enfants continuent d’être aussi maltraités que possible par des méthodes qui laissent sur le bord de la route au moins 25% d’une génération. Soit entre 150 000 et
180 000 enfants chaque année.

Ceux qui paient le plus cher : les milieux qui ont le plus besoin d’une école performante qui donne leur chance à tous quels que soient leur origine et leurs antécédents. "Les réformes voulant assurer l’égalité des chances ont eu le résultat contraire. Le pourcentage d’étudiants d’origine populaire à l’ENA, l’ENS et l’X est passé de 15,4 % en 1966-1970 à 7 % pour 1989-1993." (André PROST – "L’enseignement s’est-il démocratisé ?" PUF 1992)

Là se prépare la plus grande fracture sociale imaginable : celle du savoir. Car l’on interdit de fait à ces enfants l’accès au savoir, à la connaissance, à la culture. Une fracture qui sera impossible à combler, alors que la France est devenue pays de grande immigration. On peut en augurer des désordres graves. De plus en plus de professeurs de l’enseignement supérieur, après ceux du secondaire, constatent que la plupart des échecs scolaires trouvent leur origine à l’école primaire.

C’est pourquoi notre association organise un colloque, le 7 février 2007, à Paris : l’école primaire, une étape fondatrice. Une date à retenir.

Gilbert Sibieude

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