Lorsque le film Entre les murs a été primé à Cannes, certains en ont profité pour rappeller combien les élèves avaient changé, et renforcer l’idée que l’enseignement devait s’adapter à ces nouvelles réalités.
On ne sait pas vraiment si François Bégaudeau a voulu montrer les difficultés d’un enseignant dépassé par ses élèves ou présenter ce que serait une conception idéale de l’enseignement selon lui. Mais, la sortie du film en salle relance le débat sur l’autorité du professeur et sa pédagogie.
A ceux qui s’inquiètent que cette fiction fasse figure de modèle, Xavier Darcos répond en déclarant totalement inadaptée l’attitude de l’enseignant dans cette classe :

"Il établit un rapport trop affectif avec les élèves, tolère des remarques qui le mettent sur un pied d’égalité avec eux, entre dans une entreprise de séduction, recule devant l’autorité… C’est une scène de ménage permanente, cette classe! Il se laisse déborder, perd la main et lorsqu’il se trouve démuni, la seule solution qui lui apparaît, c’est de mettre en marche la lourde machine de l’exclusion. Pour moi, c’est l’histoire d’un échec pédagogique."

Et il en profite pour dire qu’il faut "remettre de l’école à l’école. Revenir aux fondamentaux."
A l’opposé, Philippe Meirieu s’inquiète de voir ce film devenir un pladoyer contre la pédagogie, tant l’échec du "professeur qui se veut pédagogue" est flagrant :

"Il faut absolument refuser que ce film soit interprété par les uns comme un acte de foi dans une pédagogie compassionnelle qui se suffirait à elle-même et, par les autres, comme la dénonciation implicite d’une démission éducative orchestrée par quelques pédagogues irresponsables. La pédagogie est un travail inlassable pour organiser le travail intellectuel en structurant le cadre et en proposant des contenus exigeants et mobilisateurs… Elle nécessite une éthique et des savoirs professionnels, une passion pour les contenus qu’on enseigne et la capacité à construire des situations de travail. Visiblement, sous cet angle elle est encore peu connue du « grand public ». Les pédagogues ont encore du travail."

Ce que Philippe Meirieu ne semble pas avoir perçu, c’est que trop de pédagogie tue la pédagogie, et en cela, on peut dire qu’il y aura lui-même contribué largement. Revenir aux fondamentaux est probablement le meilleur moyen de remettre la pédagogie à l’honneur, et de tourner le dos aux dérives des pseudo sciences de l’éducation.

 FP

Voir aussi : "Mission impossible"

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