Egalité des chances et mobilité sociale

Le premier objectif est « restaurer l’égalité des chances ». On peut facilement démontrer que cet objectif a, d’une façon constante, inspiré des réformes qui ont échoué et obtenu, de l’aveu même de leurs promoteurs, des résultats totalement contraires au but recherché. Comme le reconnaît l’un des promoteurs des réformes de notre enseignement :  
« Les réformes voulant assurer l’égalité des chances ont eu le résultat contraire. Le pourcentage d’étudiants d’origine populaire à l’ENA, l’ENS et l’X est passé de 15,4% en 1966-1970 à 7% pour1989-1993.

   André Prost – L’enseignement s’est-il démocratisé ? PUF 1992

Jean-Louis HAROUEL "Culture et contre-cultures" dénonce :
« Cette théorie étroitement mécaniste de la reproduction sociale par l’école est fausse, comme l’a démontré Raymond Boudon selon lequel le système scolaire des années 1925-1959 a été le lieu d’une réelle mobilité sociale aussi bien ascendante que descendante. Les enquêtes de Jean Fourastié sur les résultats scolaires des enfants issus de milieux favorisés ont montré que, dans les années 60, une proportion non négligeable d’enfants de normaliens, de polytechniciens, de centraliens connaissaient une régression scolaire sévère par rapport à leur père. Symétriquement, Philippe Bénéton[1] souligne le fait que jusqu’en 1970, les deux tiers des membres des catégories supérieures n’en venaient pas et qu’un quart de ces catégories supérieures était d’origine populaire.
 « La démocratisation de l’enseignement poursuivie en France depuis trente ans s’est avérée socialement parlant un échec.
« Raymond Boudon l’avait annoncé dès le début des années 1970. De tout cela il a résulté une dévalorisation sociale et économique des diplômes ; comme Raymond Boudon l’a bien montré, cette situation suffit à générer une forte immobilité sociale entre les générations »
« André Prost, l’un des grands inspirateurs des réformes égalitaires de l’enseignement français ne peut que se rendre à l’évidence : ces réformes ont abouti au résultat inverse de celui qui était recherché, tandis que la démocratisation avait lentement mais sûrement progressé jusqu’au début des années 60, dans un système scolaire sélectif et attaché à la conception classique de la culture. C’est au nom d’une idée fausse qu’a été brisée, dans une large mesure, la transmission par l’école du patrimoine culturel.

[1] Membre du Comité d’Honneur de notre association

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