Chronique d’une mort annoncée

   
Début 2002 – Jack Lang préface les nouveaux programmes de l’école primaire. Il annonce la fin des méthodes totalement globales, dont il précise d’ailleurs qu’elles ne sont plus utilisées depuis des dizaines d’années, mais les programmes ne remettent pas en cause les méthodes dites semi-globales ou mixtes, toutes à départ global. Le Figaro titre pourtant de manière erronée : « le retour du b.a.ba ». Le débat sur les méthodes de lecture est considéré comme clos.

Courant 2002 – Notre Association lance une campagne pour l’abrogation pure et simple de toute méthode qui ne serait pas alphabétique et la réparation des sanctions infligées par les inspecteurs à ceux qui enseignent avec des méthodes syllabiques, sans tenir aucun compte des excellents résultats qu’ils obtiennent. Le site lire-ecrire.org, lancé à cette occasion, montre l’omniprésence des méthodes à départ global, manifestée par les nombreux témoignages reçus.

Fin 2002 – Luc Ferry demande l’élaboration d’un guide pour remédier aux difficultés d’apprentissage des élèves. La nature des démarches proposées montre qu’il ne s’agit pas de revenir vers une démarche d’apprentissage mais plutôt de corriger les travers induits par des méthodes à départ global qui sont en vigueur dans la plupart des classes, sans la moindre remise en cause de ces méthodes.

Fin 2003 – Luc Ferry lance un vaste débat sur l’école. On parlera beaucoup des méthodes de lecture sur les forums, dans les débats et au sein de la commission Thélot. Curieusement, un an après, le rapport Thélot qui est censé faire la synthèse de ces multiples échanges n’évoque même pas cette question.

Fin 2004 – François Fillon est chargé de rédiger une nouvelle loi d’orientation, suite au débat sur l’école. Pas un mot sur les méthodes d’apprentissage de la lecture. Il a pourtant lu le livre de Marc Le Bris qui vient juste de sortir : « Et vos enfants ne sauront pas lire… ni compter !».

Mai 2005 – Après de multiples efforts d’amendement, quelques députés et sénateurs arrivent à introduire le mot « syllabique » dans le rapport annexe de la loi Fillon. On y apprend que les méthodes syllabiques font partie des méthodes qui ont fait leurs preuves. La loi est votée mais le rapport annexe est rejeté pour vice de forme. Pas un mot au final sur les méthodes de lecture. La liberté pédagogique des enseignants est affirmée dans la loi. A ceux qui contestent ce point, François Fillon s’exprime clairement au Sénat :

« Si nous avons voulu inscrire la liberté pédagogique dans la loi, c’est pour éviter certaines pressions auxquelles les enseignants sont soumis pour qu’ils suivent les méthodes pédagogiques de telle ou telle école de pensée. Les enseignants qui veulent évoluer ou utiliser d’anciennes méthodes se font sanctionner par les inspections, même s’ils obtiennent d’excellents résultats. L’enseignant doit être maître de sa classe et le travail de l’inspection doit vérifier que la méthode pédagogique, quelle qu’elle soit, est efficace »

Courant 2005 – Deux universitaires rivalisent d’efforts pour dénigrer ceux qui veulent un retour aux méthodes syllabiques. Pour Roland Goigoux, le débat sur les méthodes de lecture est un faux débat alimenté par des ignorants qui jouent sur l’inquiétude des parents. Pour Alain Bentolila, chantre de la lutte contre l’illettrisme, c’est la télévision, les mauvais parents et les mauvais professeurs qui sont la cause des piètres compétences de lecture des élèves mais en aucun cas les méthodes de lecture. Il lui serait en effet difficile de renier la méthode Gafi, de nature globale, dont il est l’auteur et qui est toujours sur le marché.

Août à novembre 2005 – Rachel Boutonnet, déjà connue pour son « Journal d’une institutrice clandestine », persiste et signe avec la publication du livre « comment j’enseigne le b.a.ba ». Notre Association sort l’ouvrage « Apprendre à lire à la maison : guide des méthodes de lecture» destiné aux parents. Le Dr Wettstein Badour ajoute à cette série un troisième livre « Bien parler, bien lire, bien écrire ». Ces trois livres, publiés sans la moindre concertation, font le tour de la question et donnent des conseils pratiques à tous ceux qui interviennent dans l’enseignement de la lecture. Ils préparent un retour aux méthodes syllabiques, au moins sur le terrain des classes.

Septembre 2005 – Roland Goigoux déclare que les méthodes actuellement utilisées dans les classes ont évolué positivement et que le débat est clos. Il propose de les regrouper sous le terme de « méthode intégrative ». En réalité, il n’a rien inventé. «Integrated reading instruction» est un des termes utilisés aux Etats-Unis pour désigner les méthodes d’inspiration globale. Il confirme ainsi que la plupart des méthodes utilisées dans les classes sont à départ global.

Frédéric PRAT

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