Canton de Genève : victoire de l’Association REFAIRE L’ECOLE (ARLE)

Après avoir recueilli plus de 28000 signatures et ainsi obtenu l’organisation d’un référendum (votation) le 24 septembre 2006, l’association a vu ses propositions acceptées par 76 % des votants.

L’ARLE proposait de modifier un article de la loi sur l’instruction publique sur les points suivants :

  • l’organisation des études primaires année par année et non par cycle
  • la possibilité de redoublement chaque année
  • l’évaluation continue, notée (de 1 à 6) et faisant l’objet de moyennes trimestrielles (à partir de la 3ème année du primaire)
  • l’établissement par voie de règlement de normes de promotion annuelle des élèves (passage d’une classe à l’autre)]l

Le Département de l’Instruction Publique du Canton de Genève et toute sa hiérarchie s’étaient fortement mobilisés contre cette initiative de l’ARLE. La doctrine du DIP, sous la bannière de "Rénovation de l’enseignement primaire" est conforme à l’idéologie et aux doctrines qui, en France, ont détruit l’enseignement primaire.

Nous vous proposons ci-après :

– quelques textes extraits du site de l’ARLE www.arle.ch (archives – ancien site)
– nos commentaires 

Loi sur l’instruction publique – Article 27 (nouvelle teneur)

1. L’école primaire comprend six degrés ou années d’étude.
2. Le passage d’un degré à l’autre n’est pas automatique.
3. Les conditions de promotion annuelle des élèves sont déterminées, à partir de la 3e année primaire, par une évaluation continue, chiffrée (de 1 à 6) et certificative.
4. Les normes de promotion et les conditions d’admission des élèves sont fixées par le règlement. 

Communiqué de presse

L’Association Refaire l’Ecole remercie la grande majorité du peuple genevois d’avoir soutenu son initiative pour le maintien des notes à l’école primaire. Elle pense qu’un pareil succès est le signe d’un véritable besoin de refonder l’école genevoise. Le malaise était tel qu’il s’est exprimé massivement. C’est aussi un soulagement pour la majorité des enseignants et des parents de ce canton, plongés depuis trop longtemps dans l’incertitude et dans l’inquiétude.

… La victoire est d’autant plus impressionnante que le Département de l’Instruction Publique de Genève (DIP) et toute sa hiérarchie se sont fortement mobilisés pour faire pièce à notre initiative. Ce
succès populaire scelle l’échec d’une politique porteuse depuis plusieurs années d’une conception laxiste de l’école, conception dépassée par les événements.

Nous l’avons assez répété : derrière les notes existe une vision de l’école, de l’élève et, finalement, du rôle de l’homme dans cette société. Nous pensons que c’est par la connaissance transmise pas à pas, apprise de manière structurée et ensuite clairement évaluée qu’un enfant peut s’élever avec le plus de chance vers un avenir qui s’est singulièrement compliqué. Cette conception est aujourd’hui approuvée par le peuple genevois, qui veut redonner une chance à tous les élèves.

Le manque de repères actuels, la confusion des principes éducatifs, ont rendu plus difficile à appliquer le principe de la loi genevoise qui entend corriger les inégalités. Dans cette optique d’équité, il est grand temps, pour le bien de tous et l’avenir de chacun, de refaire l’école.
… 

Lire la suite : Argumentaire de la brochure explicative de l’ARLE

L’évaluation en 3 adjectifs : explications

1. Evaluation continue :

Il s’agit de maintenir des travaux notés tout au long de l’année. Ces travaux donnent lieu à des moyennes trimestrielles (par exemple, avec 3 travaux de maths, un en géométrie, un autre en calcul mental et un troisième sur des problèmes, on obtient une moyenne de maths qui atteste d’un certain niveau atteint. De même, en français, les notes d’orthographe, de vocabulaire, de conjugaison et de grammaire donnent lieu à la moyenne de français 2).

Ces travaux sont non seulement notés mais commentés par le maître. Ils sont systématiquement remis aux parents, qui en prennent connaissance et les signent.

Ainsi les parents sont tenus au courant de l’évolution scolaire de leurs enfants entre deux carnets trimestriels comme cela a toujours été fait dans les écoles qui n’étaient pas en « rénovation » jusqu’à juin 2005.

Cette évaluation continue est interdite par le nouveau règlement du DIP actuellement en vigueur.


2. Evaluation chiffrée :

C’est évidemment un code de 1 à 6 qui est maintenu, simple, clair, compréhensible par tous les parents (même et surtout pour les non francophones).

Dans le nouveau règlement du DIP, l’évaluation chiffrée, non comparable à celle que nous proposons puisque non issue de moyennes, n’apparaît qu’en fin de cycles (en fin de 4P et 6P).


3. Evaluation certificative :

A l’aide de tests réguliers sur les matières travaillées en classe pendant une période déterminée, on évalue un état des connaissances, un niveau atteint à un certain moment en fonction d’objectifs cantonaux de connaissances et de compétences fixés dans des programmes et des plans d’étude annuels. 

Le redoublement : explications

Si, selon les termes de notre initiative, « Le passage d’un degré à l’autre n’est pas automatique », cela ne signifie en aucun cas que le redoublement, lui, est automatique. En cas de moyennes annuelles insuffisantes selon les normes réglementaires de promotion, le cas de l’élève est naturellement discuté. Dans toutes les écoles, en rénovation ou non, c’est à la suite de réunions des maîtres entre eux, de la rencontre avec les parents et avec l’accord de l’inspecteur, que le redoublement est décidé. De nombreux paramètres sont retenus pour que la décision soit prise pour le bien de l’enfant.

 

COMMENTAIRES

On notera la similitude entre les positions de la Direction de l’Instruction Publique à Genève et celles qui étaient massivement affirmées à la tête de l’Education Nationale jusqu’à l’arrivée de G. de Robien, et qui est toujours farouchement défendue par la hiérarchie.

En effet, le "pédagogisme", comme on dit maintenant, a fait des ravages dans le monde occidental, et pas seulement en France, avec le soutien actif de l’UNESCO qui en a fait une doctrine officielle.


Le redoublement.

Lorsque la question du redoublement viendra à l’ordre du jour des débats, on nous expliquera que des études "scientifiques" en ont prouvé l’inutilité absolue.

Si ces études ont porté sur des classes – innombrables – où les enfants apprennent peu et mal, il n’est pas étonnant que le redoublement soit inefficace. Mais évidemment la question se pose lorsqu’il s’agit de classes, que nous espérons majoritaires à l’avenir, où les professeurs enseignent et où les élèves apprennent, où l’on transmet le savoir.

Actuellement, en France, si le redoublement n’est pas formellement interdit, il est, dans la pratique, quasiment exclu. La règle est le passage automatique dans la classe supérieure, ce qui a pour conséquence que les enseignent reçoivent des enfants incapables de suivre l’enseignement prévu. Et, de classe en classe, l’effet est cumulatif.

C’est ainsi que les professeurs du secondaire nous expliquent qu’ils sont dans l’incapacité de respecter le programme de français avec des élèves qui lisent mal et qui ne comprennent pas les textes les plus simples, comme de faire des cours de math à des élèves qui n’ont pas les bases élémentaires du calcul et du raisonnement, d’expliquer la grammaire allemande à des collégiens qui ignorent la grammaire française et qui en fait n’ont pas la moindre notion de ce qu’est la grammaire.

Le passage automatique à la classe supérieure est, dans les faits, une aberration et, dans la pratique, une catastrophe.

C’est du moins ce que pensent les trois quarts des citoyens du canton de Genève qui s’intéressent à la question.

La notation.

Les citoyens du canton de Genève veulent aussi des notes en chiffres. En France, les contempteurs de la notation sont éloquents et écoutés, car ni les enfants ni leurs parents n’apprécient les mauvaises notes. On nous dit que la notation décourage les élèves qui ont besoin de progresser, que la stimulation par la notation et par les récompenses est un procédé barbare. L’auteur de "La constante macabre" nous explique que, quel que soit le niveau réel de la classe, un tiers des enfants reçoit toujours de mauvaises notes, ce qui prouve que la notation, même chiffrée, n’a pas de réelle signification.

Il y en effet une différence tranchée entre l’évaluation ou la notation chiffrée faite par un enseignant, et la notation sur la base d’examens communs à toutes les classes.

Tout enseignant digne de ce nom a en permanence le souci de juger le niveau de chaque élève, de ne pas décourager les plus faibles mais de les faire progresser, de stimuler les autres pour qu’ils ne relâchent pas leurs efforts. Il s’adapte et adapte sa notation aux élèves qui lui sont confiés. L’évaluation continue est une composante évidente de la pédagogie.

Mais cela ne suffit pas. D’abord parce que, comme dans tout groupe humain, il y a aussi des enseignants médiocres, et leurs évaluations sont sujettes à caution. Ensuite parce que, si des parents informés savent que la même note n’a pas la même signification dans une classe "forte" que dans une classe "faible", les parents mal informés ne le savent pas, et sont trompés, comme le sont leurs enfants.

C’est pourquoi l’ARLE a demandé, et obtenu, des normes communes, pour juger l’aptitude des élèves à poursuivre leur scolarité, pour assurer leur "promotion" selon les termes de l’initiative 121.

Pour que ces normes aient une quelconque utilité, encore faut-il qu’elles ne changent pas constamment et pour des raisons politiques, comme le fait l’Education Nationale qui modifie sans cesse la nature des épreuves et les consignes de notation pour masquer la dégradation du niveau des élèves.

Dernière remarque : la liberté pédagogique, à laquelle les enseignants sont justement attachés, suppose, comme toute liberté, des limites et des contreparties. Ici la contrepartie est simple : les enseignants doivent être jugés sur leurs résultats, c’est-à-dire sur la différence de savoir et de savoir faire des élèves entre le début et la fin de l’année scolaire. La condition nécessaire est l’existence d’examens annuels neutres, indépendants de chaque enseignant, et invariables dans le temps.

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