Enquêtes sur les méthodes de lecture

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Fils sans nouvelle réponse

André Giordan, encore un autre "pédagogiste".

Auteur Message
le : 21/05/2009 20:04
Valette
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Interventions: 565
Je lui garde une dent : il est l'auteur de ces livres calamiteux : les "phonèmecédaires", pour soi-disant apprendre à lire, dont "Le faunographe ", que mon petit-fils a eu en CE1.
(Je l'avais montré à madame Wettstein-Badour, qui m'avait dit : "Vous seriez en droit de porter plainte pour maltraitance à enfant".)
Après un CP avec Justine et compagnie, vous imaginez la suite.

Voici donc l'article trouvé sur ce triste individu, très influent avec ses titres fonflants.

"Apprendre à lire avant 6 ans

André Giordan

Dès 2-3 ans, le très jeune éprouve le désir de déchiffrer. Pourquoi ne pas profiter alors de ses immenses potentialités intellectuelles ?


En matière de lecture, les résultats sont inquiétants. A 10 ans, 40% des élèves ont des difficultés de compréhension d'un texte de dix lignes. Ils ont du mal à établir des liens entre les différentes parties ou à replacer celles-ci dans le cadre d'un savoir commun. 11% ne saisissent pas le sens des mots usuels, d'après les évaluations du ministère de l'Education. Périodiquement, un bouc émissaire est désigné. Aujourd'hui, haro sur l'approche «globale»! Revenons à la bonne vieille méthode d'antan et tout sera réglé! Et si le problème était mal posé? Et s'il fallait envisager les choses autrement?

D'abord, la méthode de lecture dite «globale», promue au début du XXe siècle, n'est plus utilisée dans les classes, et cela depuis trente ans! En effet, l'expérience des enseignants et des chercheurs a rapidement montré qu'il fallait à la fois apprendre à déchiffrer un mot et travailler le sens, la compréhension. A présent, les méthodes employées croisent ces deux axes. Il est ainsi des serpents à sornettes qui ont la vie dure à l'école!

Ensuite, pourquoi attendre l'âge de 6 ans pour apprendre à lire? Cela avait du sens quand l'école, seul lieu d'apprentissage, débutait à cet âge. Aujourd'hui, sur-stimulé en permanence dès 2-3 ans par les jeux éducatifs, la publicité, la télévision ou même par les DVD ou Internet, le très jeune éprouve le désir de déchiffrer. Pourquoi ne le favoriserait-on pas à une époque de la vie où l'enfant est avide de tout savoir?

Les potentialités intellectuelles du jeune enfant sont immenses. Les premières années de la vie sont cruciales pour l'acquisition des habiletés corporelles ou mentales. Malheureusement, les conceptions pédagogiques restent tenaces. Quand on pense école, on pense immédiatement programme, méthode, progression. Pour l'apprentissage de la lecture, rien de tel. Le petit enfant apprend à lire comme il apprend à parler ou à marcher: tout naturellement, par une interaction continue avec l'écrit, les autres et les adultes.

Tout est affaire d'appétence, tout est affaire d'environnement. Dans la famille et à l'école maternelle, les propositions pratiques peuvent être multiples grâce aux nombreux jeux éducatifs, aux multiples jeux numérisés ou sites Internet, plus attrayants les uns que les autres, et aux innombrables occasions de la vie quotidienne où le petit est face à l'écrit: journaux, affiches, écrans télévisés. Il suffit de les saisir au passage et d'en parler entre enfants et adultes!"

Article paru dans L'Express du 02/02/2006 et transmis par l’auteur.

André Giordan, Professeur
Laboratoire de Didactique et Epistémologie des Sciences, Directeur
Université de Genève

Anne-Marie
le : 23/05/2009 14:27
Mamoune
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Interventions: 237
"la méthode globale n'existe plus"
Apprendre à photographier son prénom et autres mots entiers, en petite maternelle avant d'avoir compris le décodage, ce n'est pas du global ?

"pourquoi attendre 6 ans pour apprendre à lire, les enfants sont plus précoces car sur- stimulés"
Je souscris à la 1ère partie de la phrase.
D'ailleurs quel est le pédagogiste qui a décrété que l'enfant ne saurait apprendre à lire ( ou à nager...) avant 6 ans, sous peine de graves problèmes? Voilà bien 40 ans qu'on nous le serine .
Autrefois on commençait vers 5 ans, mais avec la syllabique.
Ce n'est pas parce qu'ils sont "sur- stimulés", un petit enfant est très observateur, c'est un âge où ils sont capables d'apprendre énormément.
le : 23/05/2009 21:44
Valette
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Interventions: 565
Mamoune, voici un texte de Liliane Lurçat, très intéressant.

Je la cite, dans son chapitre " Les errances de l'éducation nouvelle", dans son livre "La destruction de l'école élémentaire et ses penseurs" .

"Pourquoi ne pas prendre en considération le vaste terrain d'expérimentation des méthodes globales de lecture que sont les Etats-Unis ?
On peut lire le livre de Jacques Barzun ("The forgotten conditions of teaching and learning") qui constitue un bilan de l'école américaine . Le bilan qu'il fait des méthodes globales imposées à tous les enfants américains est accablant.
En 1970, il y avait 25 millions d'illettrés fonctionnels (functional illiterates) ainsi nommés car ils ne peuvent pas "fontionner".
En 1990, ils sont 60 millions. Ces résultats sont dus à "cinquante ans de folie" dans l'utilisation de la méthode "look-and-say". Enseigner à lire par la seule identification visuelle des mots , sans passer par leur énonciation,c'est, écrit Barzun, détruire l'incalculable avance technique que permet la transformation des sons en signes.
Après 3000 ans d'enseignement de la lecture fondé sur la prononciation des lettres et des mots, pourquoi faire juste le contraire et encourager la divination des mots par la seule reconnaissance de leur forme?
[...] A l'école, on a supprimé les ouvrages littéraires, seul subsiste le manuel "Dick and Jane"qui permet d'acquérir, suivant les niveaux, 400,500 ou 600 mots en s'appuyant sur des exercices de divination.
J.Barzun décrit les forces culturelles qui entretiennent l'hostilité à la lecture, à l'alphabet, au mot.Il y a d'abord l'impact émotionnel du scientisme qui pendant 75 ans a préféré le nombre au mot, le faire à la pensée, et l'expérimentation à la tradition. Cette perversion de la science authentique amène à appeler "expérience" presque toutes les déviations des voies communes de la transmission.

Anne-Marie.
le : 23/05/2009 21:45
Valette
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Interventions: 565
suite)
Qu'il ait fallu un demi-siècle pour commencer à admettre l'erreur du "look-and-say" montre à quel point la science s'est transformée en superstition.

En second lieu, la dernière phase du libéralisme qui proclama dès 1910 l'émancipation de tout le monde, y compris les enfants et qui aboutit à un égalitarisme total (voir Stanley Hall) .
On ne pouvait plus critiquer les erreurs des enfants, ni leur montrer comment faire.

En troisième lieu, la généralisation trop rapide de l'enseignement secondaire à partir de 1900 ne permit pas de former les maîtres. Engagés hâtivement, souvent peu instruits, ils transmirent leur insuffisence et ils ont contribué à enfoncer les enfants dans la violence et dans la grossièreté.

La quatrième raison donnée par Barzun concerne la conquête de l'imagination populaire par les arts. N'importe quoi de nouveau, d'obscur, d'impossible, est une expérience pédagogique qui a la double aura de la science et de l'art.
Barzun en conclut que l'innovation n'est pas bonne en soi. Elle n'est bonne que si elle apporte un perfectionnement, car une école se juge à ses fruits."

Anne-Marie.


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