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07/11/2008
ENSEIGNEMENT ET ÉDUCATIONLes cinq Académies qui forment l’Institut de France se réunissent chaque année le mardi le plus proche du 25 octobre, en souvenir de la création de l’Institut, cette année le thème était l'éducation. Vous retrouverez l'ensemble des interventions sur le site de l'académie des sciences, mais nous avons retenu celle de Jacqueline de Romilly qui en 2005, préfaçait notre Guides des méthodes de lecture. Déléguée de l’Académie française, Jacqueline de Romilly, intervient sur le thème "Enseignement et éducation", elle a insisté sur l’utilité de la maîtrise de la langue et la confrontation aux grands textes littéraires du passé. en 2005 elle écrivait ...je sais par expérience les inconvénients qui s'attachent à une maîtrise imparfaite de la lecture. Ayant enseigné dans toutes les classes de l'enseignement secondaire ou de l'enseignement supérieur, j'ai pu constater que ceux qui n'ont pas acquis cette maîtrise s'en ressentent à jamais ... Vous pouvez écouter intégralement son discours : Flash is required!
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Page 1 sur 1 1
Denis bonjour,
Mes principes pédagogiques ne rejettent rien de ce qui permet d'améliorer la pédagogie. Mais la plupart sont fondés sur l'observation du comportement de l'apprenant vis à vis de la compréhension. C'est en ce sens que le mot comportementalisme peut être interprété. Je me suis aperçu en effet que l'apprenant se comporte de plusieurs manières face à une problème, c'est donc à l'enseignant de se rendre compte de cela pour adapter sa pédagopgie vis à vis du sujet concerné. Je suis complètement de votre avis pour dire que c'est en forgeant qu'on devient forgeron mais il n'y a à mon sens aucun forgeron qui n'ai appris à côté d'un autre forgeron avant d'exercer son métier. Je pense aussi que l'expérience est très importante dans l'enseignement et je suis très pragmatique. Par contre, je ne sais pas moi même apprendre par coeur. J'ai enseigné pendant environ trente ans et je ne suis pas pour l'apprentissage par coeur sauf pour bien sûr les bases de l'alphabétisation parce que je considère que l'alphabet est un axiome par lui même car il n'y a rien à comprendre : il faut apprendre point. Toutefois il y a plusieurs façons de retenir par coeur et c'est là que la pédagogie entre jeu. Par exemple on peut se servir de moyens mnémotechniques ou autres du moment que l'on retient de façon efficace. Voir les cours du professeur dubruly sur mon site. Je ne suis partisan d'aucune méthode à priori, je suis preneur de toute forme de pédagogie active qui permet la compréhension. J'estime que chaque élève étant receptif à une ou autre forme de pédagogie il faut exploiter ses facultés de perception. L'objectif final étant toujours l'aboutissement à la compréhension.
Merci pour votre commentaire.
Je vous invite, si vous le souhaitez, à lire L'énigme de Patricia, qui complètera mes propos sur ce sujet qui m'intéresse depuis le début de ma carrière d'enseignant.
Cordialement.
Thierry
Avec l'approche constructiviste, l'enfant n'acquiert pas essentiellement un savoir mais un savoir-faire. Il apprend à ne plus que répéter, qu'imiter ou copier. La science exige de l'inventivité, de la créativité, de la capacité à résoudre des situations problèmes (et non à réciter ce qu'on a appris par coeur). Je crois qu'on peut trouver excessive certaines approches du constructivisme qui ne parviennent pas à équilibrer savoir et savoir-faire, mais je doute qu'il faille revenir à une approche comportementaliste comme vous le préconisez, il me semble. (Tout est dans la juste mesure.) C'est en forgeant qu'on devient forgeron.
Bonjour,
C'est un discours que j'aurai aimé écrire et prononcer tant il est plein de réalité et de vérité. Les mots et les paroles de Jacqueline de Romilly sont ceux que j'utilise dans mon livre "L'énigme de Patricia" pour montrer que l'enseignement et l'éducation passent par la maîtrise de la langue. Mais au dela des mots il y a aussi les principes pédagogiques élémentaires que nous devons faire ressortir du passé et qui ont faits leurs preuves. Il ne s'agit pas comme le dit Jacqueline de Romilly d'être rétrograde ou ringard, il s'agit plutôt de reconnaître ce qui était bien et de le conserver comme atout pour l'avenir. Il faut se garder d'oublier le passé parce qu'il est le socle de notre avenir. Nous ne devons pas égarer les textes de nos ancêtres qui ont construit les bases de la littérature et de la compréhension entre les humains. Il faut les prendre tels quels, les analyser et les utiliser et en écrire d'autres différents mais adaptés à notre temps. L'enseignement et l'éducation ne vont pas l'un sans l'autre et la pédagogie est le lien qui les unis. La violence entre les humains disparaîtra quand la compréhension sera l'objectif à atteindre dans toute éducation. Améliorer la pédagogie c'est améliorer la compréhension à tous niveaux.
Merci à Jacqueline de Romilly pour ce discours qui me conforte dans l'idée que rien n'est encore perdu. Mais, il y a encore un long chemin à parcourir.
Cordialement.
Thierry
Autant j'ai admiré le superbe discours de Madame de Romilly, autant celui de Pierre Léna m'a gênée.
J'ai relevé les propos avec lesquels je ne suis pas d'accord, et mis entre parenthèses mes critiques.
Anne-Marie.
Discours de Pierre Léna. (Rentrée des cinq académies à l’Institut de France.)
(Extraits)
« Deux siècles plus tard, dans une zone d’éducation prioritaire au nord de Paris, nous voici dans une école difficile. Pendant cette leçon de science, tous les enfants sont invités à mettre « la main à la pâte ». Une classe de CM1 présente aux visiteurs son travail de l’année sur l’électricité. Avec fil et batterie, Valentin, dix ans, réalise un circuit, allume des ampoules. Puis le circuit est modifié : comment vont-elles briller ? Hypothèses, discussion, vote des quelques adultes et enfants présents. Valentin, est-ce la majorité qui a raison ?
Réponse ferme et timide : « Non, Monsieur, c’est l’expérience qui va décider ».
Valentin, dix ans, vient, sans le savoir, de rejoindre Galilée. Pour autant, Valentin donne-t-il raison à Condorcet ? Question : notre système éducatif peut-il se voir assigner l’objectif d’une science pour tous, comme lui est assigné celui d’apprendre à tous à lire, écrire, compter ou parler deux langues ? »
(Cet enfant, Valentin, qui rejoint Galilée, selon Pierre Nora, me rappelle cette phrase leitmotiv d’Alain Bentolila entendue de mes propres oreilles, et qui bluffe complètement de jeunes instituteurs admiratifs et ignares.
« Ceci se passe dans la cour d’une école.
La maîtresse trace à la craie sur le sol l’ombre d’une petite fille, puis recommence plusieurs fois quelques temps après.
Cela dessine sur le sol comme les pétales d’une fleur.
La maîtresse interroge les enfants. « Qu’est-ce que vous voyez sur le sol ? » Tous les enfants répondent : « C’est une fleur ».
Une petite fille dit timidement : « Maîtresse, je crois que ça a tourné. »
Le verbe porte la pensée.
Le langage est fait pour dire comment se passent les choses.
Cette petite fille rejoint Foucault et Copernic : « C’est parce que ».)
« Avec l’antique « leçon de choses », notre école primaire obligatoire avait, dès sa naissance, donné place à la science pour tous. Mais vingt ans après que se fut calmé le tourbillon né en 1968, cette école abandonna les sciences expérimentales au profit d’un retour aux « fondamentaux », énoncés aujourd’hui sous forme d’un slogan claquant comme un drapeau : un « lire, écrire, compter » où même les mathématiques perdent leur goût savoureux.
Que notre école primaire ne tienne pas ses promesses pour un nombre trop grand d’élèves est indiscutable et désastreux, mais cette focalisation, quelque peu incantatoire, est aussi bien étroite : on peut aussi lire et écrire avec la science ! »
(Comment peut-on traiter de focalisation incantatoire cette tentative désespérée d’un si petit nombre d’enseignants de revenir aux « fondamentaux », abandonnés depuis tant d’années, ce qui laisse sur le carreau 40 % d’enfants à l’entrée en sixième ?)
« Avec Georges Charpak depuis douze ans, notre Académie des sciences, soutenue par de généreux mécènes de l’Institut, porte dans la durée, auprès des enseignants et des pouvoirs publics, une volonté de changement et développe, par son action « La main à la pâte », les outils qui y sont nécessaires, en lien étroit avec l’Europe et le reste du monde qui sont confrontés aux mêmes défis. »
(« La main à la pâte » , sur le terrain, s’avère assez peu efficace, fait perdre beaucoup de temps, et est peu appréciée de certains enseignants, car elle est en fait très proche du « constructivisme » : l’enfant construit lui-même son savoir, il faut lui laisser construire son savoir sur ses erreurs, etc, etc, qui conduit le maître à être un simple accompagnateur de l’enfant pour l’aider à découvrir ce qu’il sait déjà.)
« L’Académie souligne le rôle décisif des professeurs dans l’image que les jeunesse font, très tôt, de la science et de ses liens avec la technique. Elle veut mobiliser le monde scientifique pour accompagner ces professeurs dans leur métier, elle adjure les universités de se consacrer pleinement à la mission de formation qui leur est désormais confiée au sein de leurs Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, elle plaide sans relâche pour une formation continue digne de ce nom. »
(Vœu pieux, quand on sait que les IUFM sont pour la plupart inféodés au pédagogisme le plus dictatorial ; quant à la « formation continue », pour les instituteurs du primaire en tout cas, elle sert essentiellement à essayer de remettre dans le droit chemin les rares brebis galeuses qui sont tentées de s’en affranchir, et ce par un savant lavage de cerveau.)
« À la suite de Federico Cesi, fondateur de la première Académie des sciences, nous appelons aujourd’hui « curiosité » ce désir naturel de savoir, ce penchant intérieur, commun à tous, qui veut comprendre, qui peut savoir, qui est à la source de toute science, et que l’éducation doit nourrir. « Je n’ai pas d’obligation plus pressante, écrivait Albert Einstein, que celle d’être passionnément curieux ».
L’interprétation proposée par Stanislas Dehaene pour déchiffrer les mécanismes cérébraux mis en œuvre pour la lecture, celle d’un « recyclage neuronal », nous permettra peut-être un jour de comprendre comment l’évolution a pu reconfigurer des neurones et ainsi développer la curiosité. Ces neurosciences nous apprendront peut-être à la mieux cultiver, mais dès aujourd’hui, nous savons que l’éducation doit et peut le faire – et ce n’est pas si difficile pendant cet âge d’or de la curiosité qu’est l’enfance. »
(L’âge d’or de la curiosité qu’est l’enfance ne peut exister si lire est une torture pour un enfant qui n’a pas reçu un enseignement lui permettant un décodage automatique, et s’il est dégoûté de la littérature dès la fin du primaire par l’enseignement en séquences.)
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