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LE LIVRE UNIQUE DE FRANCAIS - 1928

Cours moyen et supérieur - Lucien DUMAS - Ed Hachette - 1928

Cet ouvrage est encore disponible sur les sites d'achats  de livres en ligne

 

Il s'agit d'un livre de Maître pour les classes de CM1 et CM2 et les classes du Cours Supérieur, après le Certificat d'études. C'est un classique maintes fois réédité, et encore aujourd'hui une mine d'idées utiles pour les enseignants et les parents capables d'affronter 420 pages serrées, agrémentées de quelques gravures de petite taille.

Il est divisé en 40 séries correspondant à des semaines, toutes construites sur le même plan et occupant chacune 10 pages. La matière est abondante, et des Maîtres expérimentés étaient certainement capables d'en tirer des applications différentes selon la classe qui leur était confiée.

 

 Structure des séries.

 

 • Chaque série comporte 3 lectures, extraits d'1 à 2 pages d'ouvrages littéraires de bonne tenue, soit 120 lectures de 76 auteurs différents. dont Rousseau, Balzac, Lamartine

• Chaque lecture est divisée en 4 ou 5 "passages" numérotés.

• Chaque lecture est suivie de deux paragraphes traitants des mots (le vocabulaire) et des idées (la compréhension du texte).

Vient ensuite un encadré présentant une ou deux leçons de grammaire, analyse, conjugaison,

 

Ainsi, en grammaire :     

               1ère série    Les mots et les lettres

               35ème  "        L'adjectif qualificatif (révision)

          en analyse  :

               1ère série      La proposition              

               35ème  "        Emploi de l'adjectif qualificatif

          en conjugaison   

               1ère série      Les 3 groupes de conjugaison

               35ème "         Remarques sur les verbes en -ir

 

• Après chaque lecture, l'encadré ci-dessus est suivi par des exercices d'application en grammaire, analyse et orthographe.

 

 La composition française.

 

L'un des buts de l'ouvrage est "de préparer méthodiquement à la composition française par l'observation directe, par l'étude des textes, par un entraînement progressif à la construction de phrases et à leur enchaînement".

 La dernière page de chaque série lui est consacrée.

  

Les "sujets à traiter".

 

Il y en a 2 par série. Le titre tient en une ou deux lignes. Le premier sujet est assorti en 2 ou 3 lignes, de questions ou d'observations qui esquissent un plan. Ce n'est pas le cas du second sujet.

A ces 80 sujets s'ajoutent, en annexe, 40 sujets du Certificat d'études (les sujets étaient départementaux), chacun affecté à la série qui traite du même domaine.

            Exemple : 35e Série : la prairie – la fenaison

                        Sujet à traiter : écrivez à un ami pour lui décrire la rentrée des foins.

 • Or, les thèmes des séries sont très pratiques et familiers à la plupart des élèves, même les nombreux thèmes du monde agricole. Sur 40 séries, seules 5 traitent de questions abstraites ou morales (la bienfaisance, nos morts, la patrie, le progrès, l'argent).

Les autres traitent de l'école et des camarades, des saisons, de la nature, des animaux, de l'agriculture, de la santé, des jeux et des sports.

 • Compte tenu du travail de la semaine, les élèves n'avaient pas à faire de grands efforts d'imagination pour trouver les mots et les principales idées.

L'enseignement portait donc principalement sur la technique : composer des phrases correctes, les ordonner en paragraphes et en sections ou "passages".

La question du style était traitée dans le Livre du Maître du Cours Supérieur.

 

La préparation de la composition française.

 

 • Elle occupe presque entièrement la dernière page de chaque série.

Deux parties.

 

a) Les mots et les phrases.

Exercices oraux (ou largement oraux) de construction de phrases autour de mots ou d'expressions, modification de phrases, phrases à compléter, etc.

 En effet, la rédaction consiste à se dicter à soi-même les mots traduisant des idées personnelles, des images mentales. Un entraînement à l'expression orale est donc un entraînement à l'expression écrite.

 

b) Le paragraphe.

Deux sujets à développer, parfois en se référant à un passage d'une lecture. [Du même auteur, il existe un Livre du Maître sur le paragraphe (CM)].

 Ainsi, pour apprendre à rédiger, les élèves ont été entraînés à observer le texte des lectures, l'orthographe des mots ; ils ont fait de nombreuses dictées.

  

Enseigner tout cela, comme cela, en CM? Impossible. D'abord tout le monde sait que les enfants ne sont plus les mêmes. Et puis, on n'a pas le temps ! En effet, il faudrait consacrer deux fois plus d'heures à l'enseignement du français, comme en 1928. Trois fois plus, au moins, si l'on ne retient que le temps consacré par les élèves au travail effectif sur la langue.

 Eh bien non !

 Nos enfants, au moins les plus jeunes, ne sont pas foncièrement différents de leurs aînés. Les adolescents qui ne savaient pas lire à l'entrée en 6ème  deviennent au collège des naufragés, des décrocheurs, futurs révoltés. Mais ce n'est pas un fait de nature.

 En voici un exemple. L'un de nos amis s'occupe, dans un village,de cinq enfants dont trois en CM très en retard. Cependant ils savent lire. Mais ils n'ont pas l'attention nécessaire pour progresser.

Ils peuvent lire les textes du Dumas, mais bien entendu il faut leur expliquer certains mots, certaines idées. Il en allait de même, jadis, lorsqu'on apprenait une fable de La Fontaine.

Notre ami s'est fixé comme premier objectif la rédaction de quelques phrases – ils n'en sont pas encore au paragraphe !

• Il leur apprend à construire des phrases en rapport avec l'exercice de rédaction qui suivra : donc d'abord apprendre un peu de vocabulaire et le placer dans des phrases, exercice oral. Mais ce n'est pas suffisant car ces exercices peuvent se faire à l'aide de la seule mémoire instantanée.

Or ces élèves n'ont aucune capacité d'attention. À la seconde phrase, ils ont déjà oublié la première. Car ce qu'ils entendent "entre par une oreille et ressort par l'autre" sans s'imprimer durablement, car, outre le manque d'attention, ils n'ont pas la maîtrise de de la pensée consciente.

• Il leur pose des questions afin de susciter des images mentales pour leur permettre de  composer les phrases dans leur tête avant de se les dicter à eux-mêmes.

Nos lecteurs ne seront pas étonnés d'apprendre que ce processus de bon sens est contraire aux directives officielles qui  favorisent l'écriture en plusieurs "jets", le premier pouvant être n'importe quoi. Encore une preuve de confusion mentale : lorsqu'on maîtrise la langue à l'écrit, écrire un premier jet rapidement et sans se poser aucun impératif peut être un procédé pour susciter des idées. Cela n'a aucun sens en CM, où il faut imposer aux élèves de construire mentalement leurs phrases avant de les écrire.