Lettre du site

RSS

texte normal  texte plus grand  texte beaucopu plus grand  envoyer ami

Le Bien commun

patronage - enfants jouant

LA SOCIETE DU BIEN COMMUN.

Le Bien commun, c'est le bien commun à la totalité des êtres humains : idéalement, chacun devrait se sentir responsable du sort fait à tous. En pratique, l'association Courant pour une écologie humaine cherche à mobiliser le plus grand nombre possible de personnes ayant la volonté d'agir, sous des formes variables, en faveur du Bien commun (www.écologiehumaine.eu).

Cette association vient d'éditer une brochure intitulée « La société du Bien commun – changer la donne à hauteur d'homme". Sont présentés 24 articles de réflexion sur le fond ou de témoignages personnels. La tonalité générale est en faveur des actions locales, donc du principe de subsidiarité malheureusement étranger à la culture d'un pays très anciennement centralisé comme le nôtre.

Frédéric PRAT est l'un des 24 contributeurs avec l'article suivant.

 

LE PATRONAGE, RÉPONSE AUX NOUVEAUX DÉFIS DE L’ÉDUCATION

Frédéric Prat, Directeur du patronage de l’Estaque à Marseille et Président de l’association Lire-Ecrire, propose son point de vue sur l’éducation – à ne pas confondre avec l’instruction – et un outil adapté pour bien éduquer les nouvelles générations : le patronage.

 

Éducation ou instruction ?

L’éducation est un des piliers majeurs d’une société quelle qu’elle soit. Il convient d’y consacrer les meilleurs efforts.

En renommant le ministère de l’instruction publique en 1932 en ministère de l’éducation nationale, Édouard Herriot a introduit une confusion très dommageable. Le budget pharaonique de l’Éducation nationale laisse penser que l’État met un effort considérable dans l’éducation des enfants. Or cet argent est englouti dans un système à qui l’on demande aujourd’hui d’instruire des élèves tout en réparant les carences éducatives liées à leur univers familial ou culturel. À cela s’ajoute le fait que l’éducation nationale semble être le seul lieu de socialisation possible : si vous retirez vos enfants du système, vous êtes accusés de les désocialiser. Ainsi, à vouloir tout faire, l’éducation nationale peine à réussir la principale de ses missions : l’instruction des élèves.

Cette hégémonie éducative de l’éducation nationale aura peu à peu déresponsabilisé des parents qui, pour un euro symbolique, confient à l’État l’éducation de leurs enfants. Ce qui explique des commentaires de plus en plus fréquents de parents qui, à l’école maternelle, expliquent aux enseignants qu’ils n’arrivent pas à éduquer leurs enfants et qu’ils comptent bien sur eux pour le faire. Éduquer 25 élèves en même temps paraît toutefois bien difficile, surtout si l’on n’est pas formé pour cela.

En revanche, d’autres parents ayant des ambitions éducatives pour leurs enfants retirent les leurs des écoles publiques à la recherche d’établissements s’occupant essentiellement de leur instruction. Car, c’est bien l’instruction que les parents délèguent, en raison d’un manque de disponibilité ou de savoir, et non pas l’éducation qui doit leur revenir en propre.

Qu’il y ait dans l’ambition éducative de l’éducation nationale des enjeux politiques, voire idéologiques, n’a rien de rassurant. Rechercher le bien commun en cette matière, ce n’est pas éduquer des « citoyens modèles » dans un contexte unique et universel. Le bien commun est atteint naturellement lorsque chacun a la possibilité de développer le meilleur de ses talents dans un lieu scolaire adapté à ses ambitions : ce meilleur ainsi atteint sera mis au service du bien de tous car ce n’est que lorsque l’homme se réalise qu’il se sent capable d’apporter sa pierre au monde. Le bien commun ne s’impose pas, il se choisit.

Par ailleurs, même avec la meilleure des intentions, si la scolarité de masse est possible, il n’en est pas de même de l’éducation. Vouloir que chaque enfant puisse accéder à un bon niveau scolaire est une bonne ambition. Avec un bon système d’enseignement, fondé sur une pédagogie bien construite, il est possible d’instruire l’ensemble d’une classe d’âge.  Mais son éducation requiert une attention toute particulière qui n’est pas compatible avec les grands ensembles. 93,7% des collèges français accueillent entre 200 et 900 élèves. Penser poser des gestes éducatifs dans des établissements d’une telle dimension paraît illusoire.

Les écoles Espérance banlieues, nouveau modèle d’initiative privée qui se développe rapidement, sont des établissements de taille modeste (moins de 130 élèves) qui organisent en leur sein des groupes de six élèves, mixant des collégiens et enfants du primaire. Dans ces petits groupes, les enfants ont de multiples occasions d’agir pour le bien commun des élèves du groupe, et en tant que groupe, pour le bien commun de l’établissement. Ils développent une double appartenance au groupe qui les unit et à l’établissement scolaire auquel ils sont fiers d’appartenir. Ce n’est que dans de telles conditions, avec des enseignants qui ont aussi une formation d’éducateur, qu’il est possible d’œuvrer à l’éducation des élèves.

 

Une réponse pour éduquer : le patronage

La situation du système scolaire publique telle que nous venons de l’évoquer, nous a conduit à œuvrer pour la renaissance des patronages. Le patronage n’est pas un self-service d’animations élaborées comme pourrait l’être un centre d’animation classique.

Le patronage a une ambition éducative. Il est de petite taille et accueille rarement plus de cinquante enfants à la fois. Le directeur du patronage connaît bien chaque enfant, la situation de sa famille, ses points forts et ses points faibles.

À l’inspiration du génial Don Bosco qui a si bien incarné l’esprit que chaque patronage cherche à développer, les éducateurs de ces petites structures ont une espérance en chaque enfant qui n’est ainsi jamais enfermé dans ce qu’il est aujourd’hui. « Les enfants ne doivent pas seulement être aimés, mais se sentir aimés » disait Don Bosco. Lorsque l’enfant lit dans le regard de son éducateur la confiance et l’espérance, il ne peut que se sentir aimé.

En Afrique Noire « traditionnelle », la parenté, les pairs, le village participent à l’éducation de l’enfant. Toute la société est éducative parce que l’enfant est l’enfant du groupe tout entier et non seulement de ses parents

En France, il paraît bien difficile, voire impossible, d’intervenir dans l’éducation d’un enfant qui n’est pas le sien. Et pourtant, c’est une responsabilité collective qui devrait nous animer, plutôt qu’une critique acerbe de ces jeunes « laissés à eux-mêmes » ou encore « mal éduqués ».

Puisque cette « tradition » n’existe pas ou plus, une société de bien commun devrait produire des patronages par milliers. Rappelons que la France était parsemée de patronages en 1937 avec pas moins de 12 000 initiatives de ce type. C’était un formidable outil éducatif, malheureusement balayé par le courant individualiste des années 1980.

Rien de plus facile que d’ouvrir un patronage : un quartier soucieux de l’éducation de sa jeunesse peut se mobiliser rapidement, trouver quelque lieu abandonné (une grande pièce peut suffire), le remettre rapidement aux normes et le confier à un éducateur de métier. Les bénévoles ont toute leur place dans ce type de structure où il est plus important d’avoir un cœur de grand-parent qu’une tête de spécialiste de l’éducation. Rien de plus sûr pour des parents que de se regrouper pour éduquer collectivement leurs enfants : socialisation, bon usage de la liberté et sens des responsabilités sont les fruits typiques de ce type d’initiative. Dans le réseau de patronages +Avenir44 que nous développons, nous accompagnons toutes personnes désireuses de se lancer dans l’aventure en facilitant les démarches diverses liées à tout démarrage.

Ces structures ne sont pas destinées à accueillir des enfants malmenés par la vie qui relèvent de l’éducation spécialisée. Mais elles sont un formidable outil de prévention qui doit permettre à l’enfant de grandir dans l’estime de soi, la découverte de ses propres talents, l’appel à progresser qu’il lit dans la confiance que ses éducateurs mettent en lui.

Et parce que les patronages ont une histoire marquée par le christianisme, ils ont aussi cette ambition de faire grandir chez les enfants le sens du bien commun, en leur donnant concrètement des occasions de se mettre au service de chacun et de tous.

Cessons donc de gémir sur ces jeunes bien différents de ce que nous étions, tous scotchés à leur univers multimédia, bien « peu courageux » à l’heure de l’effort, bien « peu reconnaissants » de ce que l’on fait pour eux, et mettons-nous à l’ouvrage. Le contexte français permet à tout citoyen d’entreprendre et les collectivités locales voient d’un bon œil ces œuvres éducatives qui peuvent prévenir la petite délinquance.

Le patronage permet aux jeunes de s’ouvrir au monde réel, laissant tous les gadgets qui leur sont proposés pour donner libre cours à leur imagination, et jouer avec pas grand-chose, comme ces jeunes qui avaient trouvé une brouette dans le jardin du patronage et qui jouaient à se pousser dedans : oui, il est encore possible au XXIème siècle de voir de telles scènes, qui, au pire, pourraient dégénérer en guerre des boutons.

Et si l’État voulait faciliter la renaissance des patronages, il lui suffirait de renoncer à transformer ses écoles en centre éducatif. Recentrer l’école sur ses missions d’instruction permettrait de remonter le niveau des élèves rapidement. À une condition : que ces écoles acceptent de s’appuyer sur des structures éducatives aptes à les seconder.

L’État pourrait aussi encourager la multiplication d’établissements scolaires de petites tailles comme le sont les écoles Espérance banlieues et bien d’autres initiatives.

 

Il ne revient pas à l’État de dire aux parents comment ils doivent éduquer leurs enfants. Il revient surtout à l’État de leur rendre la tâche plus facile. Là où des parents ou grands-parents se mobilisent pour prendre soin de la jeunesse, l’État devrait en être le premier soutien.