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L'épanouissement de la personnalité

L’homme est d’abord enfant, adolescent, doit grandir, s’élever, conquérir son humanité. Le nom « d’adulte » qu’il se donne ne fait que marquer la mesure de son autonomie dans ce qui demeure la plus noble activité de toute sa vie : croître et embellir en réalisant le potentiel contenu en lui, qu’il découvre dans les multitudes d’exercices que sont ses activités humaines.

En cela l’enfant ne diffère pas de l’adulte qu’il doit devenir : l’homme est, de sa naissance à sa mort, un potentiel qui doit devenir réalité. Ce potentiel d’être, unique pour chacun, avec des richesses propres, des facultés de connaître, de vouloir et d’agir, est utilisé, et par là-même révélé et développé, dans des domaines eux-mêmes variés à l’infini. Mais l’épanouissement de chacun s’effectue depuis toujours, essentiellement et habituellement dans le cadre de la famille, de l’école, puis du métier et... de la famille que chacun peut fonder. C’est pourquoi ces différentes structures doivent être impérativement conçues comme des foyers d’éducation (ex-ducere = conduire hors de, autrement dit révéler).

L’école où les enfants passent aujourd’hui la plus grande part de leur jeunesse, et de leurs journées, doit donc être un creuset privilégié d’éducation. Cela suppose qu’elle respecte avant tout, les richesses particulières de chacun, pour pouvoir prétendre contribuer à les révéler. Cela suppose aussi qu’elle collabore étroitement avec les autres responsables éducatifs de l’enfant, et en premier lieu avec la famille, responsable du devenir de l’enfant.

Tâche exigeante qui mérite que chaque Français, soit parce qu’il a pris la responsabilité magnifique de veiller sur l’éducation d’enfants, soit parce qu’il contribue, par ses impôts d’abord, par son témoignage d’adulte ensuite, à élever ces enfants, se montre très attentif aux moyens dont se dote l’Ecole. Et il s’agit en priorité des moyens d’éducation de l’esprit grâce auxquels l’homme conquiert sa liberté, celle qui le rend responsable.

L’épanouissement d’une personnalité passe par le respect de son unicité.

C’est par le développement et l’enrichissement de celle-ci que s’accomplira l’enrichissement de notre société en valeurs humaines. Il faut donc que soit valorisée l’ingéniosité de tout éducateur face à ceux qui lui sont confiés, car si le but est le même, - l’être humain - les moyens sont aussi abondants que les multiples facettes de l’intelligence humaine, lorsqu’elle se nourrit de l’écoute du cœur.

Aucun maître ne peut prétendre à lui seul, découvrir et, a fortiori aider à révéler un trop grand nombre d’enfants à la fois. Montaigne le soulignait déjà. Traiter les élèves comme un troupeau, c’est en faire des « bêtes ».

Aucune harmonie entre les enfants qui doivent apprendre à se découvrir eux-mêmes, à se respecter les uns les autres et à se compléter, aucune harmonie entre les éducateurs d’une même unité, ni même et surtout avec les familles, ne peut être établie dans un groupe trop nombreux. La massification y est obligatoire et condamne chacun à l’anonymat et au nivellement par « peur » du regard d’autrui, puisqu’il ne peut y avoir conscience de sa richesse propre.

Il faut des écoles a taille humaine.

Le disciple (celui qui s’élève) doit pouvoir librement écouter les maîtres qui le servent. Il doit pouvoir questionner pour faire sienne la nourriture de son esprit ou les méthodes de travail qui lui serviront pour la vie.

Plus il est jeune, plus il lui est indispensable de sentir la présence du maître à ce qu’il est, lui particulièrement, car il ne dispose d’aucun moyen encore de réclamer son dû et qu’il est donc à la merci de ceux qui lui feront aimer ou... détester le travail. Or c’est par son travail qu’il se découvre lui-même, qu’il prend confiance en lui, qu’il découvre sa vocation donc sa responsabilité de vie sur cette terre et qu’il rend grâce à Dieu, enfin, pour le talent reçu.

Plus il grandit, plus le maître doit être prêt à l’écouter pour le laisser se révéler. Ainsi le rôle du professeur sera bien un témoignage adapté à ceux auxquels il offre ses connaissances. Il saura ce que sont les besoins de chacun et ne risquera pas, en proposant les mêmes mets à tous, de les voir rejetés par la plupart. Ceux qui les rejettent, indépendamment du fait qu’ils sont dramatiquement majoritaires, sont ceux qui ont le plus besoin de ce maître. Or ils se voient abandonnés parce qu’on n’a pas pris le temps de découvrir assez tôt ce pourquoi ils étaient réellement faits.

Socrate, Juan Luis Vivès, Montaigne, Rabelais, les grands sages de tous les temps ont toujours condamné l’esprit de système. Sachons les relire, si nous nous voulons pédagogues.

Que chaque maître, conscient de la magnifique responsabilité que lui donne sa vocation, soit le guide dans la conquête des biens qui permettront à chacun de nos enfants de devenir l’homme unique qu’il doit être. Qu’il soit le révélateur de dons, le stimulateur de l’exercice de ceux-ci, en l’épanouissement desquels réside tout le bonheur possible pour chacun.

L’autorité dont il fera preuve dans ces conditions, ne sera le fruit d’aucun artifice disciplinaire, mais s’enracinera 1) dans sa compétence d’abord (le pouvoir avec soi), 2) dans l’enthousiasme avec lequel il transmettra son savoir ensuite, dans l’amour, 3) enfin et surtout, qu’il portera à cette jeunesse avec laquelle, sans s’en rendre compte trop souvent, il a passé ce terrible contrat : « Tu m’écoutes et je te fais connaître l’univers et la vie pour que tu les aimes ! »

Les enfants ne s’y trompent pas : quels qu’ils soient, ils écoutent, respectent et parfois aiment le maître qui SE donne avec passion et qui sait les écouter parce qu’il les aime.

Il ne s’agit pas de se bercer d’illusions, et il faut savoir faire respecter la justice et empêcher tout un chacun de détruire ce qui est son bien, mais la sottise et l’erreur ne sont rien, si on apprend très jeune à les reconnaître pour telles et à les réparer. Elles peuvent même être elles aussi, des occasions de grandir, elles le sont toujours de se mieux connaître.

Pour atteindre ce résultat, encore faut-il que le maître soit disponible, à l’écoute de l’enfant afin de l’aider à savoir pourquoi il s’est laissé aller et comment il peut se dépasser et... grandir toujours. Cette écoute, qui différencie l’erreur de celui qui l’a commise, permet peu à peu à l’enfant de se responsabiliser en comprenant l’obligation qu’il a simplement de « réparer » . En outre, elle crée un climat de confiance sereine qui explique l’auto-discipline que l’on peut faire régner sans utopie dans de telles conditions.

Il est alors peu besoin de surveiller : il suffit de veiller sur eux.

Marie Gourville

 

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