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Réapprendre à lire

Une expérimentation pour sauver les élèves naufragés en CP

Réapprendre à lire – de la querelle des méthodes à l'action pédagogique
Sandrine Garcia – Anne-Claudine Oller        Ed.Seuil – 2015

 

Les auteures, sociologues, ont conduit de 2012 à 2014 une expérimentation visant à apporter la preuve que les élèves des milieux défavorisés peuvent échapper à la malédiction qui les condamne à l'exclusion de fait durant le reste de leur scolarité. 

 

Le plan d'expérience comportait les principaux dispositifs suivants :

 - comme cela va de soi, appliquer la méthode alphabétique d'enseignement de la lecture et de l'écriture

- créer un dispositif puissant de "renforcement" des élèves en difficulté, dès le début du CP, par des travaux en petits groupes

- installer une initiation méthodique au décodage en grande Section de Maternelle

- obtenir la confiance et la collaboration active du plus grand nombre de familles.

 

L'expérience concernait quatre classes de CP de deux écoles publiques. Après une année 2011-2012 de mise au point, l'expérience proprement dite s'est déroulée dans deux classes d'une école en 2012-2013 et 2013-2014, et deux classes de la seconde école en 2013-2014.

Le travail de "renforcement", selon le terme des auteures, a été prévu en petits groupes de 3 élèves. Il consistait éventuellement en exercices systématiques et répétitifs de décodage.
L'expérience ne visait donc pas directement à augmenter le vocabulaire oral des élèves, condition du passage à l'automatisation du décodage et à la lecture fluide.

 

Quant aux moyens nécessaires au renforcement, dans l'une des écoles plusieurs personnes sont intervenues, dont l'un des deux enseignants spécialisés du RASED. L'autre école bénéficiait du dispositif "Plus de maîtres que de classes" et c'est l'enseignante en sureffectif qui s'est chargée du renforcement.
Sandrine Garcia est aussi intervenue directement au renforcement et aussi dans les relations avec les parents.

 

Cette expérience a été interrompue prématurément du fait de la grande opération de recadrage idéologique et dogmatique des enseignants engagée par l'actuel ministère.

 

Quelques conclusions suggérées par l'expérimentation

 

Résultat positif, mais l'écart demeure entre les élèves dont l'enseignement a été "renforcé" et les autres.

La plupart des élèves du groupe "renforcé" ont fortement progressé dans le décodage ou déchiffrage de l'écrit ; ils sont sauvés du naufrage, à condition bien entendu que la pédagogie rationnelle reste en place en CE1 pour leur permettre d'accéder à la lecture fluide et à la compréhension des textes (la compréhension progressive des mots et de phrases simples est une caractéristique de la méthode alphabétique).

Mais durant l'année scolaire, les autres élèves, bénéficiant de la méthode alphabétique, ont eux aussi progressé. Un écart demeure, mais ce n'est plus l'écart entre quasi lettrés et quasi illettrés, c'est simplement un retard sur le même chemin.

Si la pédagogie rationnelle était maintenue durant toute la scolarité, il ne fait pas de doute pour nous que certains des élèves en difficulté à l'entrée en CP accéderaient au niveau des meilleurs du fait de leurs capacités naturelles.

 

L'implication des parents des milieux défavorisés

L'expérience a montré qu'il était possible d'impliquer dans l'instruction de leurs enfants beaucoup de parents de ces milieux. Cela demande un effort particulier pour établir des relations, car certains de ces parents manquent de confiance en eux, et craignent pour leurs enfants des expériences dont ils ne peuvent comprendre les finalités.

L'ouvrage "Réapprendre à lire" présente, comme étude de cas, divers portraits de parents diversement impliqués dans l'instruction de leurs enfants.

 

L'importance, pour les enfants, de révisions durant les vacances scolaires.

Après des congés (congés courts ou vacances d'été), tous les enfants marquent un recul par rapport à leurs acquis précédents. Mais, alors que les élèves dont les acquis étaient solides avant les congés rattrapent rapidement leur niveau antérieur, les élèves dont les acquis étaient fragiles avant les congés mettent beaucoup plus de temps à récupérer leur niveau.
L'expérience a conduit à proposer aux parents volontaires un programme structuré d'entretien des connaissances pendant les congés scolaires.
(Nous savons depuis longtemps que tous les parents adhèrent facilement à une pédagogie alphabétique).

  

Regards d'enseignants sur leur propre travail et sur l'échec scolaire

La plupart des enseignants impliqués dans l'expérience ont participé avec conviction, après, pour certains, une période de doute. Personne n'aime se sentir obligé de changer ses façons de faire.

 Il est cependant étonnant de constater, malgré des échecs évidents, un attachement aux méthodes mixtes, associant la carpe et le lapin, le départ global et une dose d'alphabétique. Beaucoup de maîtres et maîtresses veulent croire que là se trouve le compromis raisonnable mettant fin à la querelle des méthodes.

 Pour tenir cette position, ils expliquent les échecs par des causes indépendantes de la pédagogie, causes de l'ordre de la "médicalisation" et de la "psychologisation" selon les termes des auteures.

 Ces deux thèmes nous sont familiers, et de nombreux articles y ont été consacrés dans notre site.
La médicalisation s'appuie sur la litanie des dys-, dyslexie, dyscalculie, etc., aux noms évocateurs de maladies ; elle peut aller jusqu'au traitement à la Ritaline d'enfants turbulents.
La psychologisation – l'un des fondements de la création des RASED – impute les échecs à des troubles affectant les enfants ou les parents.

 
Tout cela conduit à la conviction que les enseignants ne peuvent rien pour les élèves en grande difficulté, et qu'en définitive ceux-ci n'ont pas leur place à l'école.

 

Le grand mérite de cette expérimentation est d'apporter une nouvelle preuve qu'une pédagogie rationnelle et l'implication des parents traitent efficacement ces prétendues causes médicales et psychologiques.

 

Groupes de niveau

•"Renforcer" l'enseignement par petits groupes revient simplement à adapter la structure de l'enseignement aux besoins réels des élèves. C'est un pas vers la constitution de groupes de niveau, au moins en français et en maths, groupes uniquement basés sur les niveaux de savoir, et non sur l'âge des élèves.

Que dirait-on d'un conservatoire de musique ou d'une école de ski qui grouperait ses élèves selon leur âge ?

 

• Les enfants en difficulté, comme les enfants simplement lents, ont besoin de beaucoup plus de temps que les autres pour acquérir une notion. Ils ont donc besoin de plus de temps d'enseignement, et les groupes de tels élèves confiés à un enseignant devraient être bien moins nombreux que les groupes d'élèves plus avancés ou plus rapides.

Par contre, la pédagogie devrait être la même, simplement plus répétitive.

Le dispositif "Plus de maîtres que de classes" ne répond qu'en partie aux besoins réels.

 

Persévérer, mais comment ?

Cette expérimentation incomplète appelle confirmation, répétition, systématisation. C'est impossible dans l'état actuel de l'Education Nationale, qui a, depuis des années, fort bien réussi à enterrer toutes les expériences innovantes.