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Blanquer, suite

 

Depuis quelques semaines, le ministre multiplie les annonces. Dans la plupart des cas, il s'agit d'orientations parfois très importantes, plus que d'objectifs précis à échéance donnée, ou de décisions immédiates.

Nous sommes d'accord avec la plupart des orientations définies pour l'enseignement primaire et secondaire. Mais, en attente de décisions et d'engagements précis, tout ce qui peut être dit maintenant l'est dans le doute sur les intentions réelles de Jean-Michel Blanquer.

Nous n'aborderons ici que deux déclarations portant sur les fondamentaux : l'apprentissage alphabétique de la lecture d'une part, les quatre opérations en CP et CE1 d'autre part.

 

 Lire

Notre ministre a clairement condamné les pseudo méthodes mixtes, "mélange du vin et du vinaigre", et opté pour la méthode alphabétique communément appelée syllabique. Il avait déjà annoncé, un peu prématurément, la mort du constructivisme (28 ans d'erreurs depuis la Loi Jospin, après 20 ans d'errements) .

Les médias se font l'écho des inévitables réactions. La plus pittoresque est celle d'hibernatus syndicaux qui ont repris le thème du SENS contre le déchiffrage du code alphabétique.

D'autres réactions sont plus compréhensibles : elle concerne la justification du retour à l'alphabétique par les progrès de la Science, et notamment par les travaux de Stanislas Dehaene, que nous avons présentés depuis longtemps sur notre site.

Cette présentation trop simpliste a le grand défaut de nier l'histoire. La supériorité de l'alphabétique a été prouvée depuis longtemps dans de nombreux pays, et même en France malgré la censure imposée par l'Education nationale. Il s'agit souvent de travaux à caractère de recherche scientifique, bien que sans I.R.M.

On peut voir dans la position de Jean-Michel Blanquer à cet égard  une manœuvre pour enjamber " la querelle des méthodes", d'après lui définitivement close. Mais cela revient à mettre à égalité les tenants des deux thèses, c'est-à-dire, d'une part les criminels qui se sont acharnés dans le massacre d'enfants innocents, d'autre part les nombreux enseignants résistants qui, avec beaucoup de grands-parents, ont maintenu l'alphabétique et sauvé des enfants.

 Une mention de ces résistants aurait été la bienvenue dans la bouche du ministre. Xavier Darcos l'avait fait, sous d'autres formes.

 

 Calculer

Annonce que, dorénavant, les élèves de CE1 devraient maîtriser les quatre opérations, étudiées dès le CP : nous sommes évidemment d'accord.

Les médias ont retenu comme argument principal de Jean-Michel Blanquer la nécessité de "développer la mémoire de travail très tôt".

Dans son livre "L'école de la vie" (2014) Jean-Michel Blanquer avance que les professeurs ont besoin d'un "adossement" "qu'il faut leur fournir en s'appuyant sur le seul argument susceptible de susciter l'adhésion : un argument d'ordre intellectuel s'appuyant sur la recherche". Point de vue surprenant car, dans les sciences expérimentales, tout est susceptible d'être controversé. Et l'histoire nous apprend que l'adhésion est rarement fondée sur des arguments rationnels. Là encore, en élevant le débat, le ministre cherche à enjamber les blocages

La familiarisation avec les nombres et avec les rapports qu'ils entretiennent développent bien d'autres facultés que la mémoire de travail. Comme dans l'apprentissage du français, le rôle de la Maternelle est primordial. Ce sera sans doute l'objet d'une prochaine déclaration iconoclaste du ministre.

Comme on pouvait le prévoir, les réactions de certains enseignants ont pris la forme d'une fin de non-recevoir : c'est impossible, sous-entendu "les élèves de CP et CE1 sont trop jeunes pour aborder la multiplication et la division". Dire que ceci ou cela est impossible ferme la porte à tout échange, à toute recherche, à toute réflexion.

Cet argument a été porté au plus haut par un Inspecteur Général qui, il y a une douzaine d'années, avait affirmé que les élèves ne pouvaient pas comprendre la division avant la classe de 5ème !

Argument très ancien, qui sévissait déjà sur la IIIe République. Argument facilement accepté par des parents prêts à tout pour épargner à leurs petits la géhenne des maths, cet épouvantail que l'école devrait détruire.

 

La communication de Jean-Michel Blanquer.

Digne émule du Président, le ministre a la faveur des médias. 

Cela dit, son mode de communication est à l'opposé de celui des autres ministres en vue sur l'estrade. Mis à part dans l'éducation, le gouvernement multiplie les annonces précises, chiffrées, échéancées (en 2018… pas pendant le quinquennat…) et ne semble pas craindre de susciter des oppositions. 

Jean-Michel Blanquer, à l'opposé, évite, dans ce qu'il dit, tout objet de fâcherie de la part des enseignants. Il n'annonce pas beaucoup de décisions immédiates et encore moins d'actions à terme.

Certains disent que le gouvernement a besoin de mieux expliquer, de plus de "pédagogie".

Voici un terme dont Jean-Michel Blanquer devrait obtenir l'abandon par les ministres. Détourner un terme de son sens est une pratique constante de la com'.

Comme nous vous l'avons vu pour l'alphabétique et pour les quatre opérations, il serait bon que le ministre profite de son accueil dans les médias pour détailler lui-même plus largement les tenants et aboutissants de ses décisions.

 

Les voies et moyens

Supposés définis des objectifs ambitieux mais réalistes, et fixées des échéances, il reste à définir les voies par lesquelles seront atteints les objectifs, et les moyens nécessaires.

Le ministre peut, en principe, garder tout cela pour lui, évitant ainsi des oppositions et manifestations diverses. Cela présente aussi des risques.

Ainsi, le ministre a annoncé qu'il ne toucherait pas aux programmes. Dans le cas des 4 opérations en CP et CE1, il a dit faire confiance aux instituteurs pour mettre en œuvre ses préconisations.

Or les programmes résultent d'un processus légal : la loi Peillon a créé le Conseil Supérieur des Programmes, et celui-ci est censé avoir créé les programmes actuels.

Il est curieux de demander ainsi aux enseignants d'ignorer la Loi. Ce serait différent si le ministre annonçait une nouvelle loi pour application par exemple en septembre 2019. Mais ce n'est pas le cas. Ce serait encore plus clair s'il avait proposé des ordonnances, largement justifiées par l'urgence quant au sort réservé aux centaines de milliers d'élèves sacrifiés. Or il a rejeté cette voie apparemment valable pour les autres ministères.

 

                                         ______________

 

Il est clair qu'on ne peut supprimer rapidement tous les programmes. Quant aux quatre opérations, il aurait mieux valu annoncer des mesures immédiates de formation des inspecteurs et des enseignants dans un programme de travail à échéance de 2020 ou 2021. Il aurait été bon aussi d'ajouter que des manuels répondant aux besoins existent déjà. 

Jean-Michel Blanquer se trouve à la tête d'un énorme domaine, et responsable d'énormes problèmes dont le nombre et la diversité défient la simple énumération, si l'on refuse de s'en tenir à des généralités rassurantes. En pareil cas, le bon sens demande qu'on divise les difficultés, pour traiter les questions dans l'ordre de gravité et d'urgence.

Ainsi, on aurait pu opter pour l'éclatement de l'Education nationale en structures régionales, plus à l'échelle humaine. C'est probablement aujourd'hui une utopie.

Autre possibilité : conserver la division actuelle de l'enseignement obligatoire, donner la priorité à l'ensemble crèches – maternelle – élémentaire et ne rien programmer de définitif pour le collège tant que la base primaire sera défaillante. Essayer néanmoins de traiter au mieux les urgences humanitaires du collège, les centaines de milliers d'élèves naufragés ou décrocheurs, à traiter dans des structures temporaires.

On objectera que pour cela il faut beaucoup d'argent. Pour nous, la solution est claire : il faut économiser fortement sur une superstructure anormalement coûteuse. On pourrait penser que c'est aussi la mission de Jean-Michel Blanquer, mais non : le budget de l'Education nationale est "sanctuarisé", et même accru. Que ne ferait on pas pour un sanctuaire ?

Autre façon de diviser les difficultés : la subsidiarité, consistant à laisser la charge du maximum de décisions à l'échelon le plus bas possible, qui est manifestement celui de l'établissement scolaire.  (La subsidiarité ne s'oppose pas à une priorité générale reconnue aux crèches, maternelles et écoles élémentaires.)

Car les difficultés et les opportunités varient d'un établissement à l'autre. Un chef d'établissement choisi pour son autorité naturelle et sa capacité à assumer des responsabilités se trouve devant des problèmes concrets, qui, en remontant dans la ligne hiérarchique, deviennent soit une montagne hétéroclite, soit une corbeille d'abstractions.

La mise en œuvre est relativement simple et progressive :

–  dans l'enseignement public, faire d'abord appel à des chefs d'établissement volontaire qui seront jugés sur leurs résultats dans la transmission des savoirs (compte tenu de l'environnement social de chaque établissement)

– libérer le privé de la tutelle de l'Education nationale, et subventionner les établissements sous réserve de l'obtention de résultats positifs dans la transmission des savoirs.

Plusieurs personnalités, parfois éminentes, ont déjà qualifié Jean Michel Blanquer d'excellent ministre, voire de "nouveau Jules Ferry". Cela nous paraît très prématuré au regard de ce qui a été fait et de tout ce qui reste à faire. 

A  suivre…