Lettre du site

RSS

Derniers commentaires:

30/04/2013 de hemon

Votre commentaire tour simplement merci pour ce...

30/04/2013 de Parésy

Ce qu'il ne faudrait pas faire ...

06/03/2013 de tomi

La méthode Boscher ( et mamadou et bineta,...

06/02/2009 de API59223

Nous sommes parents d’enfants scolarisés dans...

02/10/2008 de FPleo

De didi, en réaction à cet article (site Veille...

texte normal  texte plus grand  texte beaucopu plus grand  envoyer ami

La destruction des habitudes morales à l'école

La destruction de l'enseignement élémentaire, qui a pour conséquence la destruction des automatismes de base chez la plupart des élèves s'est faite en même temps que la destruction des habitudes morales.

L'éducation morale à l'école s'appuyait sur la discipline, considérée comme la manière de donner des habitudes morales aux enfants. La lecture de L’Education morale de Durkheim (3) aide à comprendre ce qui fut la conception du rôle de la morale à l'école laïque et qui n'a plus cours à présent.

Un des principaux objets de l'éducation morale est de "donner à l'enfant le sentiment de sa dignité d'homme dit Durkheim. Le rôle de la morale est de déterminer la conduite, de la fixer, de la soustraire à l'arbitraire individuel. La moralité est un vaste système d'interdits".

"L'enseignement de la morale s'identifie à l'esprit de discipline".C'est au cours de la seconde enfance, à l'âge de l'école primaire que se "situe l'instant critique de la formation du caractère moral. Au-delà de la seconde enfance, si les bases de la morale ne sont pas constituées, elles ne le seront jamais".

L'expérience actuelle nous montre qu'il en est des bases de la morale comme des automatismes de base qui sous-tendent les apprentissages fondamentaux. Si les automatismes ne sont pas installés au cours de la seconde enfance, les difficultés d'apprentissage deviendront durables. Ce phénomène est observé massivement au collège, en même temps que les désordres de la conduite individuelle et collective.

Ceux qui n'ont pas automatisé la lecture, l'écriture et les quatre opérations à l'école primaire, n'acquièrent pas ces activités comme des automatismes au collège. Il en va de même pour la discipline scolaire et les habitudes morales. Non acquises à l'école primaire, elles deviennent très difficiles à acquérir au collège.

L'analyse de Durkheim permet d'isoler une des causes scolaires du développement des phénomènes de foule au sein de l'école.
La morale écrit-il, "repose sur une organisation régulière de la vie à l'école. L'esprit de discipline c'est la modération des désirs et la maîtrise de soi".

Pour donner une éducation morale à l'école, on doit s'appuyer sur deux particularités psychologiques de l'enfant, "le goût de la répétition, qui permet de lui faire prendre des habitudes régulières et la réceptivité de l'enfant à la suggestion impérative".

Comme beaucoup de penseurs de son temps, Durkheim considérait que la grande réceptivité de l'enfant à la suggestion pouvait être assimilée à la suggestivité du sujet hypnotisé. La conséquence de cette grande suggestivité des enfants est la facilité avec laquelle on peut les manipuler.

Ce danger était bien perçu par Durkheim qui insiste sur la nécessité de protéger la liberté de l'enfant. Car il ne cache pas la nature redoutable du pouvoir que donne à l'adulte cette grande suggestivité de l'enfant. La limite que Durkheim impose aux débordements abusifs des adultes est la force de la règle.

A l'école, l'enfant apprend le respect de la règle. Il apprend à faire son devoir par le biais de tout un système de règles qui déterminent sa conduite. L'ensemble de ces règles constitue la discipline scolaire. Cette discipline est la morale de la classe.

La vraie fonction de la discipline est d'être un élément de l'éducation morale, car une classe indisciplinée est une classe qui se démoralise.

Durkheim fait partie de ceux qui ont réfléchi aux problèmes posés par la psychologie des foules. La foule est, écrit-il, "une société instable et chaotique", c'est la raison pour laquelle l'immoralité s'y développe si souvent. Or une classe sans discipline est comme une foule.

Si le maître n'a pu acquérir l'autorité nécessaire, alors la suractivité se dérègle. C'est la démoralisation qui s'installe. La règle cesse d'elle-même si elle n'est pas impersonnelle. le maître doit donc la présenter non comme une œuvre personnelle mais comme un pouvoir moral qui lui est supérieur.

 

 

L. LURÇAT

 

 

3. Emile Durkheim , L'éducation morale, PUF, 1974.