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07/05/2010

Institut Montaigne : l'école primaire responsable de l'échec scolaire

 

Dans un rapport de 130 pages intitulé « Vaincre l'échec à l'école primaire », l'institut Montaigne met en cause l'école primaire qui, bien que considérée comme efficace par une majorité de citoyens, serait en réalité responsable de l'essentiel de l'échec scolaire massif que connaît notre système éducatif.

 

Voir notre analyse détaillée du rapport dans la rubrique :

Dossiers/Refondation de l'école

Le président de Lire Écrire, Gilbert Sibieude, ne cesse de le dire depuis 2001, année de la création de l'association Lire-Ecrire. L'ouvrage collectif « La débâcle de l'école – une tragédie incomprise », publié à la suite du colloque de Lire Écrire « La finalité de l'école » organisé en 2006, dressait d'une manière magistrale les raisons et les conséquences d'une école primaire à la dérive, gangrénée de l'intérieur. Affichant une indifférence, voire une hostilité, les médias d'alors n'y voyaient qu'exagération et dramaturgie.

Nous ne pouvons donc que nous réjouir de voir l'institut Montaigne, constitué de nombreuses personnalités dignes de foi, soutenu par le fleuron de l'industrie française, reprendre tous les éléments qui montrent l'ampleur du désastre.

20% d'élèves en grand échec à la fin de l'école primaire qui seront, à peu de choses près, les mêmes qui quitteront le système éducatif 4 ans plus tard sans qualification.

« Sur les 6 643 592 écoliers recensés en 2009, 40 % ne possèdent pas les acquis censés être maîtrisés à la fin de l’école primaire. »

L'échec considérable dans les milieux populaires en comparaison des milieux aisés n'est pas omis par le rapport qui y voit un dysfonctionnement majeur et préoccupant de l'école primaire.

Mais, c'est en écrivant qu' « un enfant entre 5 et 10 ans ne porte pas la responsabilité de son échec à l’école ! » que l'institut Montaigne porte l'estocade. Le sujet tabou, l'effet maître, est ainsi présenté et démontré, preuves à l'appui. Si l'école primaire produit autant d'échecs, c'est surtout parce que l'Éducation Nationale ne recrute pas les meilleurs enseignants, ne forme pas bien ses maîtres, est incapable de les évaluer et applique des méthodes de management antédiluviennes.

La charge est lourde, mais juste, contre un système éducatif incapable de réagir à une aggravation de l'échec depuis plus de 15 ans. La description des dysfonctionnements est tellement convaincante que l'on en vient à trouver normal que cette école puisse créer autant d'échec. En revanche, le rapport reste discret sur les théories pédagogiques qui ont fait tant de mal à l'école en empêchant la transmission des savoirs : elles apparaissent en creux en de nombreux endroits.

A ce sujet, nous soulignons ce passage important du rapport :

« La démarche d’enseignement utilisée produit également des effets : « une démarche très structurée, fortement guidée par l’enseignant, où la notion à enseigner est clairement explicitée, où l’on procède par petites étapes selon un rythme de leçon soutenu en s’assurant à chaque nouvelle étape que les étapes sont maîtrisées » est bénéfique pour les élèves. De nombreux travaux, essentiellement anglo-saxons, ont montré l’efficacité de cette démarche (appelée « enseignement direct » ou « enseignement explicite ») en lecture, mathématiques et notamment pour les élèves en difficulté.

Le comportement et les exigences de l’enseignant bénéficient aussi à l’efficacité de son enseignement et donc à la progression des élèves. Cet « effet Pygmalion » postule que « les attentes des enseignants peuvent fonctionner comme des prophéties autoréalisatrices : elles sont susceptibles d’influencer les performances des élèves ». Plus un enseignant aura des exigences élevées vis-à-vis de ses élèves, plus ces derniers obtiendront de bons résultats. Un enseignant exigeant et qui communique sur ses attentes offre « un contenu plus riche, plus ambitieux aux élèves », et les persuadera « qu’ils sont capables de réussir. »

Après avoir dressé un constat sans complaisance, l'institut Montaigne fait plusieurs propositions. Nous trouvons beaucoup de similitudes avec ce que nous avons nous-mêmes évoqués ces dernières années. Nous en ferons une analyse détaillée dans un prochain document.

Le sujet est ouvert. Espérons qu'il ne se refermera pas avant que l'école primaire n'ait retrouvé un niveau et une ambition digne de notre pays, pour le plus grand bonheur des écoliers.

 

L’Institut Montaigne est un laboratoire d’idées créé fin 2000 par Claude Bébéar. Il est dépourvu de toute attache partisane et ses financements exclusivement privés, sont très diversifiés, aucune contribution n’excédant 2 % de son budget annuel. En toute indépendance, il réunit des chefs d’entreprise, des hauts fonctionnaires, des universitaires et des représentants de la société civile issus des horizons et des expériences les plus variés.

 

 


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4 Commentaires

Page 1 sur 1 1

#4 Mamoune a écrit le 24/05/2010 09:48

J'ai parcouru le rapport sur l'échec scolaire de l'Institut Montaigne.

P.61 je note, à propos de la liberté pédagogique:

 

" au CP le temps hebdomadaire consacré à la lecture varie entre 7,4 et 15,6 heures hebdo.

En maths variation de 3,2 à 7,1 h

..." moins de 10% respectent les horaires prescrits par les textes officiels "

 

C'est le grand bazar, on s'en doutait un peu, mais c'est quand même fort !

#3 Mamoune a écrit le 18/05/2010 15:52

L'exemple d'Anne-Marie de cette jeune fille qui ne sait pas lire est très significatif.

Je suis persuadée qu'on refuse d'admettre que beaucoup ne savent pas lire ou lisent très mal et péniblement.

Autrefois on disait: lit couramment, c.à.d.lecture fluide.

Aucun test sérieux n'est fait pour le vérifier, lecture à haute voix et questions sur le sens.

 

On me dit qu'il faut qu'ils comprennent ce qu'ils lisent.

La compréhension doit venir après un déchiffrage précis.

 

On leur enseigne d'emblée la démarche inverse,le sens d'abord avec quelques prises de repères dans la phrase, ce qui conduit à de la fatigue et à une lecture devinette approximative et source d'erreurs.

Quand ils ne comprennent pas l'écrit, c'est souvent une question de vocabulaire insuffisant et ce n'est pas en utilisant des albums en classe et en les privant de littérature digne de ce nom que leur vocabulaire s'enrichit.

Quand ils sont capables de déchiffrer facilement un mot inconnu, ils peuvent alors en déduire le sens.

#2 Valette a écrit le 07/05/2010 19:01

Voici un article très clair sur les "pseudo-sciences de l'éducation", dont le représentant connu de tous est d'ailleurs Philippe Meirieu, honnis de tous ceux qui veulent que l'école instruise, au lieu d'être un "lieu de vie".

Je me trouve en parfait accord avec cet article.

 

www.union-rationaliste.org/index.php/Les-Cahiers-Rationalistes/_-Sur-les-pseudo-sciences-de-l-Education-_.html

 

Anne-Marie Valette.

 

Anne-Marie Valette.

#1 Valette a écrit le 07/05/2010 17:57

Je n'ai pas analysé ce long texte dans son intégralité.

Son constat sur la débâcle de l'école, qui reprend les chiffres partout publiés (enfin, on ne peut continuer à mentir !)est très complet.

Par contre, je me méfie de certains projets proposés.

 

Le paragraphe sur le redoublement sort directement de la pensée de Christian Forestier, qui fait partie des conseillers de l'Institut Montaigne, et dont je me méfie énormément.

Il était déjà conseiller de Claude Thélot, dans le Grand Débat initié en 2003 par Luc Ferry, et on a vu ce que cela a donné.

 

 

"LE REDOUBLEMENT : INUTILE ET DANGEREUX !

Nous savons que le redoublement précoce « est prédictif de faibles chances de réussite ultérieure », c’est-à-dire qu’il préfigure un abandon prématuré des études. Il a même pu être comparé à un massacre pédagogique49. –(Forestier, Thélot, Emin)

« Aujourd’hui, un élève sur cinq redouble au moins une fois avantla fin de l’école primaire ». En passant de 37,3 % en 1980 à 19,5 % en 200054, le redoublement à l’école primaire est certes devenu moins fréquent, mais sa pratique reste encore fortement ancrée dans le système éducatif français.

 

Enseignants et parents ne doutent ni de sa légitimité, ni de son utilité.

Ils perçoivent le redoublement comme « un instrument incontournable de l’acte éducatif ». Et pourtant, « s’il y a bien un domaine où les "chercheurs en sciences de l’éducation" se donnent la main, c’est bien celui du redoublement, pour affirmer à l’unisson que le redoublement est une solution injuste, inefficace sur le plan pédagogique et coûteuse ».

Finalement, le redoublement est stigmatisant et a des incidences

négatives sur le comportement et la motivation des enfants. "

 

Le fait que les "chercheurs en sciences de l'éducation" soient

évoqués dans ce jugement démontre qu'il faut être extrêmement méfiant. Ces gens-là se fourrent partout insidieusement, et pourrissent tout.

Le redoublement peut être très bénéfique. A condition que l'enfant qui redouble ait un enseignement différent de celui qui a causé son redoublement !

Un enfant qui n'a pas appris à lire en CP, car il a eu "Mika" ou "Justine et compagnie", sera sauvé s'il redouble avec une méthode alphabétique.

Comme le redoublement est quasiment supprimé, dans toute la scolarité, on peut voir des élèves arriver au bac sans savoir ni lire ni écrire ni compter.

Je me suis occupée bénévolement d'une jeune fille de 23 ans pour une "remise à niveau" pour une formation, et me suis aperçue avec stupéfaction ...qu'elle ne savait pas lire ! Ni son alphabet. Ni ses tables de multiplication. (Il y a les calculettes, m'a-t-elle dit.)Et je devais lui réapprendre les identités remarquables !

Anne-Marie Valette.

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