Nous savons tous que l'essentiel se trouve dans les dégâts causés par le départ global, au cours des premiers mois du CP, et d'ailleurs dès la maternelle.
A cet égard, la nouvelle rédaction comporte des éléments positifs :
"Au début du cours préparatoire…, un entraînement systématique à la relations entre graphèmes et phonèmes doit être assuré afin de permettre à l'élève de déchiffrer … Cet apprentissage exige de conjuguer lecture et écriture".
C'est ainsi qu'opère la méthode alphabétique ou syllabique.
Le reste du nouveau texte est moins clair, et comporte des expressions malheureuses ou ambiguës.
• "Pour ce faire, on utilise deux types d'approches complémentaires : analyse de mots entiers en unités plus petites référées à des connaissances déjà acquises, synthèse à partir de leurs constituants, de syllabes ou de mots réels ou inventés."
Au premier abord, cette phrase semble évoquer les méthodes mixtes ("intégratives" selon Monsieur GOIGOUX), qui prétendent associer une approche globale et une approche alphabétique.
Mais que signifie l'expression "unités plus petites référées à des connaissances déjà acquises", sinon des syllabes et des graphèmes déjà étudiés (systématiquement). Il faudrait donc comprendre "au fur et à mesure de l'acquisition des relations entre graphèmes et phonèmes, on utilise deux types d'approches …"
L' auteur voulait sans doute simplement dire que l'on fait reconnaître à l'élève, dans le mot, les lettres qu'il connaît déjà (analyse), et qu'on lui fait former de nouveaux mots à partir des lettres qu'il connaît (synthèse).
Par ailleurs, en 2.4., il manque une virgule entre "synthèse" et "à partir de leurs constituants". Du même coup, certains pourraient penser que les "constituants" de la synthèse sont les "syllabes ou les mots réels ou inventés". Cette virgule figurait dans le texte de 2002, et c'est assurément un oubli.
Mais son absence obscurcit le texte.
• Les expressions "reconnaître des mots" "reconnaissance des mots"
rappellent fâcheusement le "stock de mots" ou plus précisément d'images photographiques de mots du départ global. Lire ne consiste pas à reconnaître des mots : le lecteur déchiffre (plus ou moins vite), et constate qu'il connaît le mot ou ne le connaît pas.
Nous ne savons pas si ces ambiguïtés résultent de l'aversion qu'éprouve l'administration à s'exprimer en termes simples, ou de la volonté de ménager les uns et les autres, ou encore des pressions internes à l'Education Nationale.
Ces ambiguïtés permettent aux tenants du statu quo de prétendre que le ministre a reculé, que rien n'est changé par rapport aux textes de 2002, et que les méthodes et manuels en usage demeurent valables, comme GAFI LE FANTÔME ou ABRACADABRA, dans lesquelles un départ global massif est saupoudré d'un peu d'alphabétique.
• Le passage qui nous paraît le plus inquiétant, dans le texte de cet arrêté, c'est une petite phrase discrète que nous trouvons au paragraphe 2.7.:
"Il est indispensable de développer le plus vite possible l'automatisation de la reconnaissance de l'image orthographique des mots."
C'est l'expression "le plus vite possible" qui nous paraît rouvrir la porte à des démarches de type global, puisque c'est bien le but recherché par celles-ci de faire reconnaître à l'élève le plus vite possible l'"image orthographique des mots".
Or, pour un réel apprentissage dela lecture et de l'écriture, il ne faut surtout pas chercher à aller vite, ce qui est antinomique avec l'idée même de pédagogie. Il faut passer par les étapes obligatoires et sûres d'une lente mais régulière progression.
De plus, ce n'est pas à l'"image orthographique du mot" qu'il s'agit de rendre l'élève attentif, mais à sa "composition orthographique", laquelle s'oppose à la première comme la lumière à l'ombre.
Nous pensons donc que ce court passage recèle le danger potentiel le plus grave.