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Lettre 21 - La récente enquête de l'INSEE sur l'illettrisme



L'INSEE vient de publier les résultats de sa dernière enquête sur l'illettrisme. Cette étude a fait, pour quelques jours, les titres dans la presse, qui mettaient en exergue deux informations :
- 1 français sur 10 est illettré
- la proportion est plus forte chez les plus âgés

Une lecture hâtive pourrait amener à conclure que la situation n'est pas si catastrophique, et qu'il n'est pas vrai que "le niveau baisse".


Quelques précisions ne sont pas inutiles pour bien mettre les choses à leur place.

• Selon une définition officielle, les illettrés sont les personnes ayant été scolarisées au moins 5 années en France, qui ne peuvent comprendre seules une information écrite : ces personnes ont des difficultés dans la vie quotidienne, pour lire un journal, remplir un chèque, etc…

• Autrement dit, le niveau requis pour ne pas être classé "illettré" est très modeste : il suffit de comprendre des écrits simples de la vie courante. Les tests de l'enquête INSEE se conforment à cette norme : lire le titre et les noms des invités d'une réunion, noter une liste de courses, comprendre le résumé d'un film, etc…

• Les tests, et leur notation, permettent de classer les personnes dans des catégories telles que :
- personnes éprouvant de graves difficultés face à l'écrit (4 %)
- personnes éprouvant des difficultés moins graves mais suffisamment fortes pour rendre difficile une communication par l'écrit (5 %)
- personnes ayant quelques lacunes et, en fait, ne maîtrisant pas complètement l'écrit (7 %)

Les personnes des deux premières catégories, soit 9 %, sont considérées comme illettrées.

• La nature de ces tests, les modalités de notation, la définition des catégories énumérées ci-dessus, sont en partie conventionnelles et d'ailleurs en évolution ; ce ne sont pas les mêmes que dans l'enquête INSEE précédente de 2002.

• La précision apparente des taux annoncés ne doit donc pas faire oublier l'imprécision foncière de la mesure.


Qu'en retenir néanmoins ?


Chez les jeunes adultes (18 à 25 ans)

La proportion d'illettrés est inférieure à 9 %, peut-être de l'ordre de 7 %.
Cela représente environ 50.000 personnes dans une classe d'âge. C'est réellement catastrophique, et l'on se demande comment ces malheureux ont vécu la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans !

Les autres ne sont évidemment pas tous de bons lecteurs, comme le prétendait abusivement un document officiel. Un taux de 7 % d'illettrés n'est pas en contradiction avec le taux officiel de 25 % d'entrants en sixième qui ne maîtrisent pas suffisamment la lecture et l'écriture et qui donc ne peuvent poursuivre utilement leur scolarité.

Chez les plus âgés (60 à 65 ans)

La publication INSEE d'octobre 2005 ne précise pas le taux exact d'illettrisme pour ceux qui ont été scolarisés en France. Il serait nettement plus élevé que chez les 18-25 ans. Mais cela ne suffit pas à prouver que "le niveau monte". D'abord nous ne disposons d'aucune étude comparable sur le niveau réel de ces personnes 40 ans plus tôt. Ensuite, comme le mentionne l'INSEE, on peut supposer que, en 40 ans, en raison d'un usage trop restreint de la lecture et de l'écriture par les mauvais lecteurs, leurs difficultés se sont aggravées : un certain nombre d'illettrés de soixante ans n'auraient pas été classés illettrés à vingt ans.