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Le Rapport ATTALI et l'enseignement primaire

300 décisions pour changer la France

XO Editions - La documentation française - 2008



Le  Rapport  ATTALI   et  l'enseignement  primaire
On peut douter que tous ceux qui ont critiqué publiquement le rapport aient pris la peine de le lire en entier, car c'est un ouvrage de 330 pages serrées. Or il mérite d'être lu, comme le travail de gens sérieux ; il est d'ailleurs utile de commencer par la fin, la présentation des 42 membres de la Commission.

Certes, personne ne sera d'accord avec la totalité des 316 propositions, mais ce qu'il faut voir derrière les propositions, ce sont les questions, et une masse d'informations utiles sur l'état de la France.



  
Nous reprenons ici les "décisions" 1 à 6 qui concernent l'enseignement primaire, ainsi que, partiellement, la décision 51.

La "décision fondamentale" 1 en reprend l'essentiel : "Se donner les moyens pour que tout élève maîtrise avant la fin de la sixième le français, la lecture, l'écriture, le calcul, l'anglais, le travail de groupe et l'informatique"

Décision 1 "Améliorer la formation des éducateurs et éducatrices de crèche et des assistantes maternelles, revaloriser leur diplôme et en augmenter le nombre"

Décision 2 "Repenser le socle commun des connaissances pour y ajouter le travail en groupe, l'anglais, l'informatique et l'économie"

Décision 3 "Prendre les moyens pour éviter les redoublements dans l'enseignement primaire"

Décision 4 "Accorder plus d'autonomie aux établissements primaires et secondaires"

Décision 5 "Evaluer les professeurs sur leur capacité à faire progresser tous les élèves"

Décision 6 "Permettre aux parents de choisir librement le lieu de scolarisation de leurs enfants"

Décision 51 "Faciliter l'accès de tous au réseau numérique, développer l'apprentissage des TIC à l'école"

Il est remarquable que l'enseignement primaire se trouve en tête des décisions proposées "pour changer la France". Nous avons toujours soutenu que l'enseignement primaire était le fondement du système d'enseignement et par conséquent une des clés de notre avenir collectif, idée qui émerge depuis peu dans le débat public.


Le constat

  
En tête des commentaires de la "décision fondamentale 1", le rapport reprend les conclusions du Rapport du Haut Conseil de l'Education .

"La France consacre une part importante et croissante de sa dépense publique à l'éducation sans obtenir de résultats à la hauteur des moyens engagés. Ainsi, bien que la dépense publique consacrée à l'éducation primaire ait augmenté de 79 % depuis 1980, quatre enfants sur dix terminent leur scolarité primaire avec de très graves lacunes et 100.000 ne maîtrisent ni la lecture, ni le calcul. Le poids de l'origine sociale détermine plus que jamais les résultats scolaires des enfants et ceux-ci sont plus que jamais décisifs dans les parcours professionnels".

Ainsi 40 % des élèves, soit 300.000 chaque année, terminent leur scolarité primaire sur un échec profond. La mention de l'origine sociale est tendancieuse, car, si elle joue un rôle dans l'inégalité des résultats de l'enseignement primaire, elle n'explique pas, et de très loin, une proportion de 40 % d'échecs, dont la responsabilité incombe d'abord à l'Education Nationale.


Le premier âge et les maternelles (décision 1)

  
Le rapport expose les raisons d'agir vigoureusement et massivement dès la petite enfance, pour compenser les inégalités sociales, culturelles, et notamment des inégalités résultant de l'entourage immédiat de l'enfant.

"L'acquisition de la confiance se fait pour les deux tiers de tous nos  enfants quels que soient la culture et le niveau social, lors des dix premiers mois, bien avant le début de la parole. Pratiquement tous les enfants  épanouis se trouvent dans des milieux affectifs et sociaux stables : lorsque arrive l'âge de l'école, ils sont les mieux préparés à en profiter. À l'opposé, un enfant sur trois connaît dès les premiers mois une difficulté de développement. Lorsqu'ils entrent à l'école ces enfants vivent cette épreuve comme un véritable traumatisme, régressent, dorment mal, et leur angoisse provoque une inhibition relationnelle et intellectuelle qui est d'emblée a l'origine de mauvaises performances scolaires.                     
Au total, quand ils arrivent à l'école primaire, les enfants présentent des différences en termes d'éveil, de maîtrise du vocabulaire, de capacité d'écoute, d'aptitude à retenir, etc. L'école primaire ne permet pas de réduire les difficultés décelées à la maternelle. Les facteurs de base de la croissance sont alors irréversiblement en place.

 La prise en charge très précoce des enfants est par conséquent primordiale. Pour cela, il est fondamental de se donner des obligations de résultats pour les enfants dès leur prise en charge à la crèche ou en garde chez des assistantes maternelles. La priorité est de mieux former les 280000 assistantes maternelles et l'ensemble des éducatrices de crèche pour qu'elles participent à l'acquisition par les enfants, dès les tout premiers mois de la vie, des éléments fondamentaux, dont le langage. Cette formation peut être largement effectuée par Internet, à coût très réduit, et peut être mise en place dès la rentrée 2009. Aussi faut-il doubler de 120 à 240 heures le nombre d'heures de formation des assistantes maternelles et des éducatrices de crèche et augmenter le nombre de ces personnels."

Cela conforte notre point de vue à propos des mesures de soutien à l'âge de 3 ans, particulièrement pour ce qui est du français parlé par l'enfant. Ces mesures de soutien n'auront leur pleine utilité que dans le cadre d'un enseignement remis d'aplomb et entièrement rénové. Actuellement, les difficultés "décelées à la maternelle" que "l'école primaire ne permet pas de réduire" sont largement dues à l'enseignement dispensé, comme en témoigne l'épidémie de fausse dyslexie.

Voir "La maternelle : au front des inégalités linguistiques et sociales "


Le redoublement (décision 3)

  
La Commission aurait pu se dispenser de reprendre sans examen les assertions du rapport du HCE, qui ne sont pas fondées. Il est évident que, en l'état actuel des choses, faire redoubler une classe où l'on apprend peu et mal ne peut pas élever beaucoup le niveau d'instruction de l'élève. D'autre part, les consignes et les pressions visant à limiter, voire interdire, les redoublements – notamment dans le secondaire – n'ont en rien endigué la débâcle.



Avant la fin de la sixième ? (décision fondamentale 1)

 Aucune explication ne nous est fournie à ce sujet. Espérons qu'il ne s'agit pas de l'idée de prolonger d'un an l'enseignement primaire pour lui permettre de faire en 6 ans ce qu'il est incapable de faire en 5. 

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