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Le Rapport ATTALI et l'enseignement primaire (suite)

Plus de matières au programme !



Le  Rapport  ATTALI   et  l'enseignement  primaire (suite)
Le rapport ne s'étend pas sur les disciplines figurant actuellement aux programmes du primaire. Il mentionne l'anglais, ce qui logiquement devrait exclure des programmes les autres langues vivantes, mais sans préciser les objectifs du primaire dans cette matière (compréhension de l'oral, maîtrise de la prononciation) dont dépendent les moyens.

La Commission fait l'impasse sur les mesures à prendre d'urgence pour rétablir un véritable enseignement des fondamentaux dont tout le reste dépend : savoir lire,, écrire compter, calculer. Les membres de la Commission n'ont, semble-t-il, jamais entendu parler de la situation dans les IUFM, dont la suppression méritait bien une "décision".

Sans état d'âme, ils préconisent de charger la barque avec l'économie, l'informatique, Internet et les TIC, le travail en groupe, et le développement de la créativité.




L'économie (décision 2)

  
Le développement consacré à cette matière est très ambitieux ; il apparaît aussi comme très polémique, dans l'état actuel des idées en France.

"L'enseignement de l'économie doit être aussi, dès le primaire, concret, positif, et exigeant sur les dimensions éthiques, sociales et écologiques de la croissance. Il devra expliquer le rôle du travail, de l'entreprise et de l'entrepreneur, montrer que le scandale est dans la pauvreté plus que dans la richesse, dans les injustices plus que dans les inégalités. Il devra expliciter le rôle relatif de la concurrence et des collectivités publiques dans la création et la répartition des richesses."

Il nous semblerait plus simple de baser un certain nombre d'exercices et de problèmes de math sur des exemples simples et proches des enfants : le budget familial, le petit commerce, l'artisanat, avec toujours l'exigence d'un vocabulaire correct et d' ordres de grandeur réalistes.


Informatique, Internet, technologies de l'information et de la communication (TIC)

  
Sur ces sujets règne une certaine confusion due d'abord à ce que, selon les cas, le rapport emploie les termes d'informatique, ou d'Internet, ou de TIC. Confusion due ensuite au fait que, parfois dans la même phrase, il est question de trois notions différentes :

           - l'usage : apprendre à s'en servir
"l'apprentissage de l'anglais et l'usage d'Internet doivent être développés massivement dès le primaire"

           - apprendre les techniques
"repenser le socle commun, des connaissances pour … y ajouter l'informatique"
"développer l'apprentissage des TIC à l'école… du premier degré"

           - utiliser ces moyens techniques comme aide pédagogique
"les nouvelles technologies … doivent être utilisées comme support pédagogique supplémentaire"
"Internet permet de développer des méthodes d'enseignement permettant … de faciliter le développement d'aptitudes spécifiques …"

C'est trop !

Quant à l'usage, on sait qu'actuellement, pour beaucoup d'enfants, il s'agit plutôt d'un usage abusif. Il ne faut pas confondre l'informatique avec la formation. L'information n'est utile qu'à celui qui possède déjà des repères solides et structurés.

Pour ce qui est d'apprendre les technologies, il est indispensable de disposer d'abord d'une bonne base mathématique, et c'est une ambition suffisante pour le primaire.

Les extraordinaires propriétés attribuées aux nouveaux moyens pédagogiques rappellent le rêve des années 70, qui nous présentait le savoir à la portée du monde entier grâce à l'ordinateur. En fait, ces moyens peuvent fournir des auxiliaires utiles, à deux conditions : d'abord les inventer et les développer, ce qui commence à se faire, ensuite amener les enseignants à s'en servir en les intégrant dans leur pédagogie et non en les surajoutant.


Le travail en groupe

  
Manifestement, les auteurs du rapport considèrent l'impératif du "développement du travail en groupe" comme une telle évidence qu'ils ne jugent pas utile de définir ce qu'ils entendent par là.

Or les dogmes en honneur à l'Education Nationale bannissent la pédagogie "frontale" (le maître et les élèves face à face) au profit des travaux en petits groupes dits parfois "ateliers". Dans ces groupes, les élèves sont invités  à construire eux-mêmes leurs connaissances en mathématiques ou en grammaire, par exemple. C'est un moyen sûr de ne pas apprendre, mais peu importe, car la priorité est à l'apprentissage de la "citoyenneté".

Dans l'expression "travail en groupe", le mot "travail" suggère la recherche d'un résultat, d'un produit, qu'il soit artistique, psychologique, économique ou sportif. En pareil cas, il est courant de préciser la notion de groupe : on parle de la troupe d'un théâtre, d'un équipage, et souvent d'une équipe. Une équipe a un chef, et généralement les équipiers n'ont pas tous les mêmes tâches. S'agit-il de cela ?



L'impératif du développement de la créativité, appelle la même remarque : de quoi s'agit-il exactement ? Et d'abord, puisque le rapport se propose de "changer la France", est-il prouvé que dans leur ensemble les français soient moins créatifs que les autres ?

Il ne faut pas confondre résistance à l'innovation et absence de créativité.
  

Les propositions de structure

  
Les décisions 4, 5 et 6 traitent de l'autonomie des établissements primaires et secondaires, de l'évaluation des professeurs des écoles, de la liberté du choix d'une école. Elles répondent à un objectif commun "Engager les établissements du primaire et du secondaire sur la réussite de tous leurs élèves".

Nous approuvons pleinement la formulation de la décision 5 : "Evaluer les professeurs sur leur capacité à faire progresser tous les élèves", que nous comprenons ainsi :
"progresser" : faire progresser d'abord et impérativement le savoir, les connaissances des élèves, et non de prétendues "compétences" nécessaires pour savoir
"tous" : aussi bien les plus instruits, ceux qui éprouvent le plus fort besoin d'apprendre, qui sont particulièrement maltraités du fait de l'idéologie égalitariste, des programmes et des pédagogies en honneur depuis quelques décennies ; que les moins instruits (actuellement 300.000 chaque année) dont l'avenir est compromis et dont beaucoup seront un énorme poids pour la société.

Effectivement, pour "changer la France", il est impératif de transmettre le savoir à tous.



Nous sommes plus réservés sur les commentaires de cette décision.

"Chaque école devra faire l'objet d'une évaluation par une autorité administrative spécialisée et indépendante du ministère, tenant compte de l'avis des usagers (sic), de leurs résultats, de leurs évolutions à moyen terme. Ces évaluations devront être rendues publiques.

L'évaluation des professeurs ne peut pas reposer uniquement sur les notes qu'obtiennent leurs meilleurs élèves ni sur l'examen d'inspecteurs. Elle doit aussi reposer sur une évaluation de leur pédagogie par leurs élèves, sur leur capacité à faire progresser chacun et sur la prise en compte des résultats scolaires ultérieurs."

Pour nous, qui prônons la primauté de la transmission du savoir, l'information majeure concernant chaque élève, chaque année, est le progrès de ses connaissances. Ce progrès se constate par des contrôles formels, examens ou similaires.

L'information majeure concernant un établissement scolaire est la statistique collective des progrès réalisés par ses élèves, information qui doit être complétée par d'autres pour une correcte évaluation.

De même, l'évaluation des professeurs, qui incombe à l'Education Nationale, doit entre autres prendre en compte les progrès de leurs élèves.

En matière d'examen, l'Education Nationale s'est totalement disqualifiée par ses trucages répétitifs des épreuves et des notations. Il faut maintenant confier la responsabilité des examens – mais non des évaluations des professeurs ou des écoles – à une autorité indépendante.